Sur les rives du lac de Come, aux alentours de 1850, deux jeunes gens se marient en secret. Furieuse, la grand-mère du marié déshérite celui-ci. En réalité elle a falsifié le testament pour s'en faire l'unique bénéficiaire... Cette histoire d'héritage, qui occupe la première moitié du film, est moyennement passionnante. La grand-mère est affreuse (on dirait un rat) et méchante (elle se débrouille pour faire licencier l'oncle de la mariée, qui a recueilli les époux), la toile de fond historique (guerre de Crimée et Risorgimento) assez vague. Mais le deuxième mouvement du film est étonnant : cinq années ont passé, une petite fille est née, et voici que nos deux tourtereaux se fâchent. Elle réclame l'héritage pour qu'ils survivent, lui refuse car se lancer dans un procès serait déshonorer la famille. Elle : les pieds sur terre. Lui : idéaliste orgueilleux. Leurs scènes de dispute sont magnifiques, tout en retenue et gravité, où la douleur et la pudeur se mêlent dans le froufrou des dentelles. Restée seule (il part combattre), elle est confrontée à un événement tragique qui manque la faire basculer dans la folie. Treize ans avant SENSO, Alida Valli expérimente déjà un rôle romantique aux limites de la raison, regard noyé et hébété. Elle reçut le prix de la meilleure actrice à Venise, et porte complètement ce film étendard du mouvement calligraphique - que n'aurait pas renié Ophuls. La mise en scène, sobre et réaliste, se coule naturellement dans les ors et décors de la reconstitution.