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XVIIème siècle : La princesse Asa et son amant, accusés d'être des sorciers, sont tués à l'aide d'un masque du démon. Avant de mourir, elle promet de revenir hanter les futurs descendants. Deux...
En 1960, Mario Bava est loin d’être un novice dans le monde du cinéma puisqu’il est présent à différents postes depuis une vingtaine d’années dans le cinéma italien. C’est un directeur de la photographie très réputé et il est toujours là pour sauver le coup lorsqu’un réalisateur irascible claque la porte d’un tournage et terminer le boulot avec efficacité quand il y a une grosse engueulade avec le producteur : il l’a fait pour « Vampires » en 1957 de Riccardo Freda et rebelote en 1959 pour le tournage de « Caltiki, le monstre immortel ». C'est le gars sur qui on peut compter. Pour remercier Bava de sa loyauté et son professionnalisme, le producteur Nello Santi lui offre enfin sa 1ère réalisation. C’est au départ l’adaptation de la nouvelle « Vij » de Nicolas Gogol. Mais voilà, Terence Fischer a en 1958 obtenu un énorme succès avec «Le cauchemar de Dracula » pour la Hammer avec les immenses Christopher Lee et Peter Cushing. Alors le scénario est largement réécrit et de la nouvelle de Gogol, il ne reste plus grand-chose. On va donc convoquer sorcellerie, sadisme, vampirisme, morts-vivants, malédiction ancestrale. Au XVIIe siècle, la sorcière Asa et son amant Igor sont condamnés pour vampirisme et jurent de se venger. Deux siècles plus tard, ils reviennent à la vie et sont bien décidés à accomplir leur vengeance sanguinaire…Ça pourrait donner un gloubi-boulga indigeste à l’écran mais on a aux commandes un vrai réalisateur qui va donner la pleine mesure de son talent en créant une œuvre pleinement gothique. Bava en effet a bénéficié d’un budget confortable et il va offrir à cette histoire un esthétisme très soigné : la lumière est prodigieuse, il n’a pas été directeur de la photo pendant des années pour rien !
Les jeux d’ombres et de lumières sont très complexes et rappellent l’expressionnisme allemand. Il nimbe ses décors de brume angoissante, le château possède des cryptes remplis de chauve-souris et de toiles d’araignée. On se croirait revenu au temps des chefs d’œuvre « Dracula » de Tod Browning et du « Frankenstein » de James Whales ! Mais Bava distille en plus une dose d’horreur. La scène d’ouverture est à ce titre exemplaire : Asa et Igor sont condamnés au bûcher mais avant, la sorcière est marquée au fer rouge et le bourreau fixe sur leur visage un masque à l’intérieur duquel apparaissent d’énormes pointes ! La fabuleuse idée de Bava est qu’on adopte le point de vue de la sorcière. Le bourreau avance vers le spectateur, son masque à la main, les pointes se rapprochant inexorablement à l’écran. Et quand il est posé, il l’enfonce d’un coup de maillet !!! L’effet est saisissant, on a connu des scènes d’entrée plus calmes !!! Mais une tempête déchaînée empêche que leurs corps soient brûlés, voilà ce qui va permettre leur résurrection deux siècles plus tard. Le réalisateur accumule les trouvailles visuelles, le cadrage comme le montage sont d’une précision chirurgicale, sans aucune esbroufe. En plus, l’histoire déploie une sensualité forte à travers la présence de l’envoûtante et plantureuse Barbara Steele, jouant à la fois le rôle d’Asa et celui de sa descendante, la princesse Katia, qui doit devenir vampire à son tour pour que la malédiction s’accomplisse, après que son père et son frère aient été tués. Ajoutons enfin des sous-entendus gonflés pour l’époque et que les Anglo-saxons n’auraient sans doute pas laissé passer, sur le sado-masochisme, l’inceste et la nécrophilie : « Tu seras vivant dans la mort ! » lance Asa avec son visage transpercé par les clous au Dr Kruvajan en l’embrassant langoureusement. Le film n’a pas été un gros succès en Italie mais a bien marché à l’international, en particulier aux États-Unis. Ce qui va lancer de belle manière la carrière de Bava comme grand réalisateur.
Créée
le 11 juin 2026
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