Le beau devrait-il jamais avoir besoin de se justifier ? D’où vient le fait que la beauté se retrouve, comme par mégarde, installée sur le banc des accusés face à la laideur trônant enterrée sous l’arbre de la justice ?


Nombre d’historiens s’accordent aujourd’hui sur le fait que Gilles de Rais, accusé en 1440 du viol et du meurtre de 140 enfants, était innocent. Simple combine politique pour faire tomber un opposant un peu trop encombrant.

Gilles de Rais baignait encore, peu de temps auparavant, dans les mêmes eaux que ces puissants. Tous s’accordaient alors pour lui reconnaitre beauté, gloire et talent. La piscine s’est asséchée, on y a installé un bûcher. Cela ne s’est pas fait tout seul : on a laissé couler. L’ennui, la négligence, la jalousie, l’ignorance… La curiosité aussi, vilain défaut dirait Barbe-Bleue, de vouloir éprouver le beau, en frappant toujours légèrement plus fort que la fois précédente jusqu’à effectivement voir apparaitre la fêlure et se convaincre, satisfait, d’avoir démasquer un cabotin.

Ce jeu sadique n’est pas celui des puissants pour qui seule compte l’élimination. Non c’est le propre du peuple, nous qui perdons foi en la beauté au point de se sentir abusé lorsqu’elle nous est présentée.


« Tout n’avait été, en réalité, qu’un artifice » C’est un test de foi que prononce Inês Pires Tavares, face caméra, en ouverture du film. Déçu par ses contemporains, Gilles de Rais endossera le rôle de l’imposteur. Il avouera tous les crimes. Dans le regard embué de larmes qu’il nous adresse à la fin du film, il y a une certaine incompréhension voire de l’incertitude à notre égard… mais au moment d’abaisser le rideau pour masquer ses yeux à jamais, ces derniers resteront ouverts. On ressent alors le terrible sermon de l’histoire qui assène : « Encore un que vous sacrifiez pour vous laver de votre indifférence. »

VinHill
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le 15 mars 2026

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