Voir le film

J'avais adoré le précédent film du réalisateur, Les Goûts et Les Couleurs, sorti en 2022. Donc je partais confiant pour ce film, malgré une bande-annonce qui semblait montrer une comédie de vieux con réac qui se moquait des victimes de viol. Bon, Michel Leclerc et Baya Kasmi, sans connaitre trop leur travail (je n'ai vu qu'un film de chaque) ont quand même une réputation d'artistes de gauche. Dans LGELC, on avait justement une femme forte qui se battait contre un patriarcat vieillissant et elle avait le champ libre pour s'affirmer en tant qu'artiste. Dans Youssef Salem, de souvenir ça traitait du racisme (qui touche directement la réalisatrice, elle-même d'origine maghrébine). Alors bon, une bande-annonce n'est pas un film, il y a parfois des promos mensongères (Toutes pour unes, récemment, Enorme en 2021), donc je vais voir le film.


Pendant toute la séance, je me demande où ce film va, qu'est-ce qu'il essaye de me dire ? Déjà, je n'ai presque pas ri devant cette comédie (il faut dire que je suis un peu pisse froid et je trouve très peu de comédies drôles, surtout quand je suis seul). Disons que ce n'est pas toujours clair, il y a certaines blagues qui nous font nous demander si le film se moque des "féminazis hystériques" ou des "mascus patriobeaufs" ? Quand une des femmes de la bande propose une idée, intervenir à une manif mascu avec un troupeau de brebis, la cheffe de la troupe (jouée par Judith Chemla) répète cette idée comme pour faire croire qu'elle en est l'initiatrice. Alors comme ça, on se dit que ça se moque gentiment des meneurs de cause qui ont un sacré gros melon. Ensuite, le personnage joué par Suzanne De Baecque commence à répliquer qu'il faut penser au bien être des animaux, discours un peu vegan tout ça. Pareil, de qui se moque-t-on avec cette blague ?? Bon, c'est pas très grave, on ne peut jamais faire 100% de blagues justes ou drôles, y a toujours des moments où ça tape à côté. On pourrait croire que c'est pour gentiment tourner en dérision les convergences de luttes où tout le monde propose son idée, tout le reste critique et à la fin, personne n'agit.


Le film s'ouvre sur Léa Drucker dans un groupe de féministe (les Hardies) qui tente de déjouer une manifestation d'extrême-droite de type masculiniste. Il y a bagarre entre les deux groupes et des policiers interviennent pour séparer les groupes. Tout ça est surtout couvert d'humour, la bagarre est filmée de manière assez ridicule. On imagine peu Melha Bedia rivaliser avec un skinhead de 90kg de muscles. On comprend juste après que Léa Drucker est une flic infiltrée dans la bande féministe pour tenter d'élucider une affaire : une femme a tué son mari violent et Drucker est persuadée qu'elle a été aidée par le groupe des Hardies, qu'elle aimerait donc coincer pour complicité de meurtre.


Dès le début, on nous montre les policiers comme une bande de vieux droitards un peu simplets et misogynes. Seul un jeune, qui joue très mal, a un discours moralisateur. Là aussi, je pense qu'il faut surtout y voir un running gag plutôt qu'un vrai personnage.


Tout le film, Léa va devoir se couvrir pour coincer les Hardies, sauf qu'elle risque plusieurs fois d'être découverte. Alors, prise sur le fait, elle dit avoir déposé plainte contre son violeur et pointe du doigt un homme dans le bar. Cet homme, joué par Benjamin Laverhne, est l'archétypique du gentil garçon (nice guy), le profem. Avant cette séquence, on le voit être acteur de dernière zone qui enchaine les petits rôles nuls, sans grand talent. Dans sa vie de couple, il se dit lui-même déconstruit (d'ailleurs il se trompe plusieurs fois de mot), se dit très content d'avoir beaucoup de temps libre pour s'occuper de ses enfants, puisqu'il décroche peu de rôles contrairement à sa femme qui brille dans une représentation quotidienne au théâtre (dans laquelle il joue très mal un livreur Deliveroo). On le voit également décrocher une audition pour un rôle de patron tyrannique. S'en suit une discussion avec le réalisateur (joué par M. Leclerc lui-même) où il dit être pour les quotas, qu'il faut plus de femmes sur scène, chez les techniciens et que pourquoi pas une femme qui joue le rôle du patron ? Après tout, les femmes de plus de cinquante ans sont invisibilisés (sic). Plus tard, il arrive sur le tournage où il apprend qu'après leur discussion, le réalisateur a préféré prendre une femme de plus de cinquante ans et que la discussion l'avait fait réfléchir. Benjamin est évidemment déçu. Ben ouais, à trop ouvrir sa bouche, forcément. Mais surtout, il n'est pas content qu'une femme ait eu le rôle, il est triste de ne pas l'avoir eu. Cas typique de profem/nice guy. Vive les femmes, mais bon me piquez pas ma place svp...

Ailleurs, on le voit au parc surveiller ses enfants qui jouent. Il a beaucoup de mal à se faire respecter par ses enfants parce qu'il est trop gentil, laxiste. C'est ici qu'il aura sa première interaction avec Léa Drucker, avant qu'elle ne l'accuse au hasard d'être son violeur.


Malheureusement, les Hardies vont semer la panique car Melha Bedia, nouvelle recrue de la bande, va agresser pendant une représentation théâtrale Benjamin, le traitant de violeur. Filmé par le public, une vidéo va circuler et l'accusation va faire le tour de la ville. Benjamin est donc honni, boudé, conspué par son entourage qui abandonne les projets, sauf sa femme. Benjamin est convaincu de n'avoir violé aucune femme, il le dit "Moi je, je n'ai, je suis, moi, moi" il ne pense qu'à lui. Son discours ne sert jamais les femmes, mais son petit nombril.


Une nuit, alors qu'il s'inquiète de ne pas voir sa femme rentrer à la maison, il boit et part faire un tour dehors. Il y croise Virginie Despentes (ou son sosie, je ne l'ai pas vue créditée au générique) avec qui il discute. Elle lui fait tout un discours un peu moralisateur sur le fait d'écouter les femmes et arrêter d'être une merde. Il se défend "oui mais moi je, j'écoute, je laisse" et elle lui dit, en gros, de fermer sa gueule. C'est un point un peu dommage mais en même temps, c'est une comédie grand public, donc il faut un peu forcer le message. Toute cette lourdeur, on n'en aurait pas forcément eu besoin.


Petit à petit, il va quand même se remettre en question et se demander s'il ne l'aurait pas fait à une femme parmi celles qu'il a rencontré au lycée, aux cours de théâtre. Alors il se met à toutes les appeler pour demander laquelle l'accuse et s'excuser. Evidemment, aucune puisqu'il n'a jamais rien commis. Il est même approché par le collectif d'extrême-droite qui le croit et lui dit de se méfier des femmes, des féministes. Mais en homme déconstruit, il refuse les avances des masculinistes et s'en va. Entre temps, il décide de quitter sa femme pour "vivre l'aventure" (quoique ça veuille dire, mais il est sûrement encore bourré) et Léa Drucker décide de le retrouver pour lui expliquer la situation.


A côté, les scènes du commissariat montrent bien le caractère lamentable des policiers qui ne prennent pas au sérieux les plaintes pour viol, d'où la femme au début du film, tuant son mari par légitime défense qui est venue plusieurs fois alerter la police qui n'a rien fait et s'est plutôt moquée d'elle. Alors Léa Drucker doit jongler entre Benjamin et les Hardies sans griller sa couverture. Tout cela passe et les Hardies finissent par découvrir le pot aux roses, et Léa Drucker découvre que le collectif d'extrême-droite fomente un coup contre les Hardies.


Forcément, tout se fini plutôt bien et Léa Drucker couche avec Benjamin dans une scène expressément niaise dans un utérus de femme sous des couleurs roses digne des meilleurs soap operas américains. Le film critique et dénonce des comportements mais, comme c'est un film grand public, il ne peut pas se revendiquer ACAB. Alors voilà, ce n'est pas un pamphlet, la réalisation ne brille pas toujours, mais il arrive quand même à porter un message intéressant sur la convergence des luttes entre hommes et femmes



Thuguy
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le 25 avr. 2025

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