Qui est le film ?
Michel Leclerc s’est fait connaître avec Le nom des gens, comédie politique vive et audacieuse, qui réussissait à conjuguer légèreté narrative et sérieux idéologique. Quinze ans plus tard, Le mélange des genres semble vouloir reprendre ce geste : faire dialoguer la politique et l’intime, cette fois autour d’une question brûlante : celle du féminisme et de nos habitudes contemporaines. Le titre promet une hybridité : entre les genres cinématographiques (comédie, drame, satire), mais aussi entre les genres sociaux et sexuels. À l’heure où la France débat encore de parité, de violences sexistes et de luttes collectives, Leclerc tente de capter notre époque.
Que cherche-t-il à dire ?
En surface, Le mélange des genres s'appuie sur l’histoire d’un homme "déconstruit" et d'une policière infiltrant un groupe féministe pour faire passer l'ensemble de ses messages féministes. Le projet est louable, nécessaire. Mais cette ambition se heurte à un écueil : au lieu de faire dialoguer les registres, le film juxtapose des discours, et son propos finit par sonner creux, voire maladroit.
Par quels moyens ?
La narration se fragmente entre ce qu'il veut dire et la manière dont il le fait. Sur le papier, ce morcellement pourrait refléter la complexité d’une époque. Mais à l’écran, il produit surtout une discontinuité : chaque scène semble isolée, fonctionnelle, comme si elle venait « illustrer » une thèse plutôt que naître d’un mouvement dramatique. Le spectateur passe d’un registre à l’autre sans sentir la nécessité de ce passage.
Comédie ? Drame ? Satire ? Le film oscille sans jamais choisir, ce qui ne crée pas une ambiguïté fertile mais une tiédeur générale. Les interprètes peinent à trouver leur cohérence. Les protagonistes féminines oscillent entre colère légitime et caricature de militante hystérique. L’homme, quant à lui, est traité comme un candide désarmé, réduisant son arc à une forme de victimisation inversée. Le résultat est un déséquilibre qui ne sert ni l’un ni l’autre.
C’est sans doute le point le plus problématique. Là où Le mélange des genres se voulait une réflexion sur le féminisme contemporain, il se réduit souvent à des caricatures : la militante excessive, l’homme dépassé, la police accentuant le constat. Le film prétend interroger la complexité, mais il simplifie jusqu’à appauvrir. Pire : en voulant rendre le féminisme "accessible" "drôle" il tombe dans une pédagogie maladroite qui finit par appauvrir son discours, jusqu'à produire l'effet inverse.
Où me situer ?
Je regarde ce film avec une certaine bienveillance initiale : je suis sensible à son projet, à l’envie de Leclerc de faire du cinéma un espace de réflexion sur le féminisme, dans un moment où la société française en a besoin. Mais ma frustration grandit devant la maladresse de l’exécution. Je ne reproche pas à Leclerc d’avoir manqué de sincérité, mais de n’avoir pas su inventer une forme à la hauteur de son ambition.
Quelle lecture en tirer ?
Le mélange des genres échoue, mais son échec est révélateur. Il rappelle que le féminisme, comme toute lutte politique, ne peut se réduire à un discours plaqué : il doit trouver une incarnation, des personnages complexes, des situations ambiguës, une mise en scène qui ose. En prétendant parler de féminisme mais en se contentant d’illustrer ses slogans, Leclerc trahit son intention initiale.