Michel Leclerc est un cinéaste régulier et prévisible, sans que cela soit péjoratif. C’est-à-dire que, comme un Woody Allen ou un Ken Loach, on sait le genre de proposition que l’on va voir à chacun de ses nouveaux films. Lui, son dada, ce sont les comédies qui analysent la société et ses tendances. Cinéaste profondément de gauche, consacré avec « Le nom des gens », il nous livre régulièrement ses petites fantaisies à connotation sociale. Cette fois, il prend le pli de décortiquer le phénomène du féminisme exacerbé et de son contraire, plus récent et difficile à cerner, le masculinisme.
Avec « Le mélange des genres », il nous gratifie d’une comédie légère avec une intrigue policière en décor et verse cette fois fortement dans la fantaisie loufoque. L’intrigue est essentiellement constituée de quiproquos aussi alambiqués qu’amusants jonglant parfois avec le vraisemblable. Mais ce n’est pas grave tant la tonalité choisie permet ce genre de dérapages narratifs contrôlés. Pour un peu, on se croirait dans un film de Pierre Salvadori ou de Bruno Podalydès mais qui se seraient décidés à ajouter un contexte social fort à leur film.
Le cinéaste a réussi l’un de ses plus beaux castings avec certains de ses habitués comme Félix Moati et Judith Chemla (qui fait un pied de nez à son affaire privée d’abus sexuel dans ce rôle de féministe combattante) mais aussi toute une joyeuse troupe de nouveaux qui s’en donne à cœur joie dans des compositions que l’on devine agréable à jouer. Benjamin Laverhne en homme lunaire et déconstruit obtient la palme du jeu tandis que Melha Bedia obtient sans hésiter celle du rire et nous réserve les scènes les plus drôles du film. Et également quelques répliques délicieuses et bien mises en bouche.
On apprécie que dans « Le mélange des genres », Leclerc ne fustige pas les féministes ni les masculinistes mais laisse la place à tous de s’exprimer même si on sent dans quel camp il se place, celui du progressisme. On regrette une seconde partie un peu moins forte que la première avec une intrigue qui abuse des petits rebondissements et qui ressasse son propos mais le tout est assez frais, iconoclaste et loin de ce que peuvent nous offrir la plupart des comédies françaises. On prend donc un plaisir certain. L’analyse aurait pu être plus approfondie et plus fine mais, en l’état, elle nous satisfait par le joyeux bordel procuré par l’ensemble. En revanche, ne courez pas après une quelconque recherche esthétique ou une envie formelle, Leclerc n’a jamais été un prodige de la caméra et on s’en accommodera également.
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