Nick Dange plaque tout, sa situation et sa riche femme, pour épouser sa secrétaire.
Le couple inédit Gaby Morlay- Jean Gabin, c'est un peu le mariage de la carpe et du lapin, l'une incarnant le mélodrame poussiéreux des années 30, l'autre étant le héros des drames populistes des Renoir, Duvivier et Carné. On ne croit pas une seconde, pour commencer, à une histoire d'amour entre les deux, tant elle manque de passion et les deux acteurs de conviction.
On est dans du théâtre bourgeois, et l'argument facile du mélo sentimentalo-conjugal d'Henry Bernstein devient lisible dans le deuxième des trois actes, en Afrique, où Nick est parti affronter les moustiques et la solitude pour gagner sa vie, laissant Marie seule à Paris. Décision peut être funeste, et imbécile par ailleurs pour deux amoureux. Comme si un gaillard comme Nick n'était pas capable de se trouver une situation de l'autre côté de la rue.
La construction du film de Raymond Rouleau est assez mal fichue et on imagine que l'épisode central africain n'existe pas dans la pièce originelle. C'est, par ailleurs, du mauvais exotisme, avec l'esprit colonialiste et raciste de l'époque, avec cette indigène seins nus qui sert aussi le repos du guerrier quel qu'il soit.
C'est misogyne aussi, comme on le verra. En fait, le film de Rouleau est médiocre sur la forme et plutôt vilain sur le fond. C'est dans le dernier acte, expédié et approximatif, qu'on mesure combien le sujet est commun, combien Gaby Morlay est mauvaise -c'est-à-dire insuffisante- dans le rôle et Gabin sans doute pas à sa place dans ce théâtre aux préoccupations et au pathos hors d'âge.