C'est l'histoire accélérée presto-presto de l'artiste Henri Gaudier, peintre devenu sculpteur par la grâce de lui-même avant la première guerre mondiale, qui lui a mis une balle dans la tête. C'est aussi l'histoire bondissante de sa rencontre passionnelle avec Sophie Brzeska, une émigrée polonaise qui voulait devenir romancière par la grâce d'elle-même.
Ils vivront quelques années entre France et Angleterre, lui, mettant le pied à l'étrier de la gloire; elle, entamant sa descente aux enfers de la folie-solitude-endeuillée. C'est filmé avec vivacité, tendresse vacharde et poussière en vol. Ken fait du Russell, et on en est ravi si l'on aime ça.
Ce qui m'a le plus marqué dans ce film, c'est la prestation de l'acteur Scott Antony. Quand il dessine, c'est déjà fascinant en soi; mais c'est quand il sculpte que le film décolle vers une nouvelle dimension. Antony savait ce qu'il faisait; on assiste littéralement à la naissance de l'oeuvre (notamment le buste de femme). Chaque plan où il sculpte et parle en même temps constitue une pure et simple leçon d'art plastique; et c'est bien plus démonstratif qu'un cours magistral.
En fin de compte, Savage Messiah est l'ancêtre d' Une oeuvre sans auteur, cet autre hommage incroyable à la naissance de l'art.
Après deux autres films, Scott Antony a arrêté le cinéma pour devenir cuisinier. Franchement, s'il est encore aux fourneaux quelque part, je suis prêt à y aller rien que pour goûter sa cuisine.