Le Miroir
7.5
Le Miroir

Film de Jafar Panahi (1997)

Spoilers à foison!

Le film est vraiment intéressant. La mise en abime est j'ai l'impression un thème très couru dans le ciné iranien (l'influence du grand Kiarostami j'imagine).

Mais bon une simple mise en abime ça ne vaut rien. Je veux dire: le spectateur est pas non plus totalement débile, il sait qu'il regarde un film et que c'est tourné. Et puis la mise en abime c'est vieux comme le monde (pas seulement en ciné mais aussi en littérature et en peinture). C'est ce que je reprocherais à Close-up: n'apporter que cette dimension là.

Mais ici la mise en abime participe au développement du propos du film.

Le film est sur l'enfance mais aussi sur la liberté. Cette gamine est petite, perdue dans ce monde de grands. Dans la première partie la caméra est toujours sur elle, elle occupe tout l'écran. Tout est filmé à sa hauteur. Et elle se ait juste porter par les évènements sans vraiment pouvoir réagir. Elle se fait bouger d'un endroit à un autre, elle est bousculée, elle ne peut pas être toute seule. Et puis on l'a en plus affublée d'un plâtre.Et puis tout d'un coup elle en a marre de jouer un rôle, d'être brinquebalée par les évènements.

Alors elle prend sa responsabilité et sa liberté. Elle part du film. Mais elle est encore un peu prisonnière du role qu'elle doit jouer. Comme son personnage la petite actrice doit retourner seule chez elle. Et puis il y a encore le micro et la caméra (même s'il elle ne la voit pas) qui la prennent malgré elle. La mise en scène se fait comme un documentaire en caméra cachée et ça nous donne bien sûr un effet de réel supplémentaire. Les plans sont maintenant des plans séquences, brouillés pas le passage de voitures par la circulation du monde. Parfois même la caméra la perd. De toutes façons les plans sont maintenant larges permettant à la fillette de se déplacer. Et la petite fille est moins une actrice, elle est plus elle-même. Bien sûr elle ne peut pas se débrouiller toute seule, les chemins qu'elle prends sont de traverse pour rentrer chez elle.

Elle n'est pas totalement libre (qui l'est?) mais elle est autonome (elle exerce sa liberté dans le cadre qui lui reste). Et à la fin on ne l'entend et on ne la voit plus. Sortie du champ du film, elle n'a plus de destin et peut vivre sa vie.
La façon dont c'est filmé renvoit aussi je pense aux conditions de tournage de Panahi,bien forcé de tourner ses films en partie en cachette (aujourd'hui c'est pire: interdiction pure et simple de faire des films)

Film donc sur une personne qui prend sa liberté. Sur le cinéma qui prend sa liberté.
Bravo!
SansEchafaudage
8
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le 13 sept. 2012

Critique lue 581 fois

SansEchafaudage

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7
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