Le Miroir, quatrième long-métrage d'Andrei Tarkovksi, fait partie de ses quatre grands films (avec Stalker, Solaris et Andreï Roublev). Il figure d'ailleurs en très bonne position dans les classements internationaux : 32e dans le classement Sight and Sound 2022. Malgré tout, je n'ai jamais réussi à rentrer dans le film.
Il faut dire qu'il est éminemment sensoriel. Les quatre éléments sont toujours présents et magnifiés. L'eau, avec des trombes d'eau (comme d'habitude chez Tarkovski) et même cette fois des pièces aux murs noircis par l'eau qui continue de couler à l'intérieur. Le feu, avec semble-t-il l'incendie d'une grange qui a du marquer le jeune Tarkovski. La terre, qui reprend peu à peu ses droits sur la vie humaine en envahissant des ruines, annonçant Stalker à bien des égards. Le vent enfin, avec des scènes sublimes, en couleurs pâles, de hautes herbes qui s'agitent progressivement sous l'effet du vent qui se lève (faut-il tenter de vivre ?), ou d'objets qui se meuvent d'eux-mêmes après une bourrasque. Le film est de ce point de vue magnifique. Et la technique est grandiose ! Je ne comprends toujours pas comment certaines scènes ont été tournées, notamment ces travelling millimétrés dans la forêt pour suivre et laisser aller une grand-mère se baladant avec ses petits-enfants. Sans parler des acteurs, et surtout de Margarita Terekhova, à la fois mère et femme de Tarkovski dans le film (dit comme ça c'est bizarre mais vous inquiétez pas), tout simplement sublime. Le défi était pourtant de taille : comment jouer un personnage de façon crédible quand le scénario n'a absolument aucun sens ?
Car c'est là que le bât blesse, en tout cas pour un spectateur même modérément cartésien comme moi. Le scénario n'a aucun sens - et c'est entièrement voulu par Tarkovski. Si je n'avais pas lu avant le visionnage qu'il s'agissait plus ou moins d'une autobiographie, je ne l'aurais jamais compris (malgré l'évidence du titre, encore fallait-il y penser). Le film est une suite de scénettes de la vie de Tarkovski, de son enfance avec sa mère et dans l'Armée rouge à son divorce et la garde compliquée de son rejeton. Ces scènes n'ont rien à voir entre elles. Présent et passé se succèdent sans aucun ordre, s'entremêlent parfois, et viennent s'y ajouter des moments totalement rêvés (plutôt, cauchemardés, avec sa mère qui lave ses longs cheveux blancs terrifiants dans une pièce tout droit sortie d'un film de zombies, brrr), et des plans contemplatifs avec une voix off déclamant des poèmes louches sans rapport avec le schmilblick.
Si le film est hermétique, il est toujours possible de faire des interprétations et des analyses brillantes, car Tarkovski est un pur génie, c'est indéniable. Mais moi qui sais pourtant apprécier le n'importe quoi, j'ai fait là une indigestion qui m'a sorti du film, alors je ne m'aventurerai pas à chercher ce qui se trame derrière ce mystérieux miroir.