... un peu comme moi ! gniark-gniark
Entrons dans le vif du sujet. Le film n’est pas exempt de défaut, on est bien d’accord là-dessus. En vrac, le scénario incohérent, les personnages sous-exploités, un rythme imparfait (les 20 premières minutes et les 20 dernières), la direction d’acteur un peu inégale, la gymnastique qui tue un vélociraptor (cette scène me fera toujours un peu mal), quelques effets qui ont mal vieilli (même si dans l’ensemble, le tout fonctionne encore très bien) et bien sûr, la diégèse du monde de Jurassic Park qui est malmenée. Mais en termes de tension et d’angoisse, The Lost World surpasse son aîné.
The Lost World a un énorme problème, c’est son scénario, mais celui-ci est soumis à une structure narrative différente qui est assez restrictive. Le film est en réalité une suite de problèmes et chaque résolution conduit à d’autres problèmes. Cette structure somme toute basique (on la retrouve déjà en germes chez Homère) encore faut-il la maîtriser pendant les 2h de film car tout le film est construit sur cette idée de « ça ne pourrait pas être pire », jusqu’à ce que ça le devienne effectivement. Malcom est renvoyé sur l’île, « ça ne pourrait pas être pire », il n’y a pas de clôture et les dinosaures sont dans leur milieu naturel, « ça ne pourrait pas être pire », sa copine est déjà sur l’île, « ça ne pourrait pas être pire », sa fille les rejoint, « ça ne pourrait pas être pire », des sagouins avec des armes sont là, etc., jusqu’au point de ramener un T-Rex dans un milieu urbain. De fait, cette structure-là implique nécessairement que quelqu’un fasse un truc couillon à un moment donné, et donc le scénario se voit nécessairement plombé par la structure interne du film. On peut regretter que le film ne soit finalement qu’une suite ininterrompue de scènes de tensions, mais personnellement, en termes de divertissement je trouve que ça fait bien le travail, et le mérite revient à ce bon vieux Spielberg qui excelle quand il s'agit de traiter ce genre de structure.
Cette structure a donc de mauvais aspects ; elle nique la logique du premier film (sur ce principe que ça devient pire), nique la logique tout court, la cohérence en meurt, et s’en fout des personnages. Toutefois, on y gagne une tension qui ne fait que grandir pendant tout le film. On peut arguer que si on n’a pas d’attaches aux personnages, alors la tension tombe à zéro et The Lost World ne fait malheureusement pas grand-chose pour nous intéresser à ses personnages ; dommage que Sam Neil et Laura Dern ait préféré signer pour cette bouse de Jurassic Park III, parce que l’empathie qu’on avait pour Malcom dans le premier film reste intacte. Pour le reste par contre on aurait adoré voir Vince Vaughn se faire bouffer… même on aurait supplié d’avoir droit à une scène intrabuccale du T-Rex mangeant ce vegan idiot au ralenti.
Un aspect positif de cette structure c’est qu’elle implique une ambiance générale et un ton qui soit bien plus sombre que le premier, ne boudant pas pour autant les plans iconiques (coucou le ravin, coucou les hautes herbes), et ce n’est pas pour me déplaire ; inutile de chercher à recréer la magie et l’enchantement de Jurassic Park ça ne sert à rien : pour une redite, autant se diriger vers Jurassic World.
Bref, les persos ne sont plus que de simples rouages dans une suite d’obstacles et le film devient réellement intéressant qu’à partir du moment où les deux groupes de Malcom et des chasseurs se rejoignent et fusionnent et où naît le personnage principal le plus intéressant du film ; le groupe. Le premier volet explorait surtout la piste de la création, une sorte de Prométhée moderne, ici, The Lost World va explorer plus loin et de manière plus approfondie une autre facette du premier opus, la survie – et le fait de bien meilleure façon que JP premier du nom :) -. En effet, si on appréciait suivre le Dr Grant, on n’était jamais vraiment trop inquiet quant à son pronostic vital. The Lost World réussit à parfaitement contrebalancer ce postulat et nous fait ressentir cette idée que l’homme devient une proie comme une autre, qu’il régresse dans l’échelle alimentaire, lorsque le groupe doit faire face à deux principaux prédateurs, les T-Rex et les raptors dans des scènes absolument sublimes. C’est surtout lié à un environnement inconnu et hostile où l’on se perd facilement, et que les hommes ne connaissent pas contrairement au parc que l’homme avait créé. On est inquiet pour Malcom (et par extension, pour le groupe) parce qu’il n’a jamais voulu être là et qu’il sait dans quelle merde il se trouve. Le groupe doit sans cesse fuir et se cacher, toutes les erreurs sont immédiatement punies comme cet imbécile dans la cascade où lorsque le groupe se lance dans les hautes herbes. Sans parler de ce moment où le T-Rex renifle la culotte de Julianne Moore dans sa tente ; une scène de tension aussi bien gérée que celle du ravin. Mais si les individualités de chacun sont mises au placard, toute la partie en semi documentaire animalier sur un groupe de proie tentant de survivre face à leurs prédateurs est une franche réussite. Si le T-Rex est vraiment menaçant, c’est principalement The Lost World qui l’exploite à son maximum : la menace du T-Rex et des raptors est bien plus pesante dans cet environnement qui favorise le prédateur, avec un groupe d’individus qui n’a jamais été confronté à ça et qui refuse d’écouter les plus qualifiés dans le domaine ; le chasseur et Malcom.
Malcom prône la fuite et la survie, quand Tembo se détache du lot, une tête brûlée qui pense qu’on peut se défendre, incarnée donc par Pete Postlethwaite qui va porter sur ses épaules toute la partie du film liée à la survie jusqu’à inspirer les personnages principaux qui vont devoir apprendre de ce chasseur chevronné qui leur semblait bien antipathique de prime abord. Avec Goldblum, c’est finalement l’acteur qui s’en sort le mieux ; quand lui-même réalise que le groupe est devenu une proie comme une autre, rejoignant Malcom qui ne cessait de le répéter, on sait qu’on doit également se mettre à avoir les boules.
Quant au segment final, il faut bien admettre qu’il est un peu décevant : si ce n’est faire un clin d’œil appuyé à King Kong et Godzilla en nous foutant quelques figurants asiatiques fuyant un lézard et quelques images iconiques, le film aurait pu toutefois se terminer à la sortie de l’île. Si le film est long à démarrer, il est également long à se conclure. Mais toute la partie médiane est un vrai régal.
J’avais revu Jurassic Park il y a quelques années mais je ne m’étais plus replongé dans The Lost World depuis belle lurette.Je me suis rendu compte que j'avais envie de les revoir et il me semble indispensable de ne pas les dissocier. Si The Lost World fonctionne, c'est bien parce qu'il fait suite à Jurassic Park en prenant une tournure plus cauchemardesque. Et pour le coup, la magie a à nouveau opéré, j’ai été happé par la maîtrise chirurgicale de la tension qui sous-tend l’aventure, à condition bien sûr d’accepter les écueils. Promis, pour Jurassic Park III, on ne laisse rien passer !