L’intrigue n’est pas forcément l’élément le plus important dans cette histoire d’enquête littéraire, menée avec malice par Luchini.
En effet, difficile de prendre très au sérieux l’hypothèse du pizzaiollo breton auteur d’un roman aux accents pouchkiniens.
A t’il vraiment laissé son manuscrit dormir sur les rayonnages d’une bibliothèque de Crozon, dans l’attente d’être redécouvert post mortem par une éditrice en quête de succès d’édition ?
Tout le monde y croit, ou feint d’y croire, sauf Luchini, vieux briscard du microcosme littéraire et animateur d’une espèce d’Apostrophes version 2019.
Précisons qu’il évite plutôt ses travers actuels insupportables , qui consistent à en faire des caisses dans l’auto caricature, à surjouer dans la gouaille . Il dérape de temps en temps, mais ça reste acceptable.
C’est étrange d’ailleurs cette pente qu’il a eue à un moment donné de sa carrière. Peut être fut-ce par facilité ?
Il faudrait qu’il retrouve cette sincérité dans le jeu, qui nous rappelle qu’il reste un grand comédien, quand il fait cet effort.
Camille Cottin, contre qui j’avais de fortes prévention en raison de sa période « connasse », est vraiment agréable dans son jeu sobre et intelligent. Par conséquent je reconnais que j’avais enterré un peu hâtivement cette actrice. Elle joue avec justesse la fille de feu le pizzaiollo, moyennement convaincue par les talents secrets et inopinés de son père, et qui accompagne Luchini dans ses investigations.
C’est là la grande faiblesse de l’intrigue : personne ne peut vraiment croire à cette histoire de pèquenaud auteur génial et inconnu. L’ostracisme dont pâtit Luchini pour avoir proclamé la supercherie, même si c’est un élément clé dans l’économie du récit, est parfaitement invraisemblable, surtout dans le milieu littéraire, fait de sceptiques par définition.
Reste un film plutôt sympathique, qui se regarde agréablement avec de belles images qui raviront les amis de la Bretagne.