Tourné juste après la Libération au cours du froid hiver 1945 (on peut voir de la buée s'échapper de la bouche des comédiens, les studios étant alors peu ou pas chauffés), "Le mystère Saint-Val" est une petite comédie policière teintée d'épouvante, l'essentiel de l'intrigue se déroulant dans un château lugubre, peuplé d'étranges habitants qui finissent assassinés les uns après les autres.
Fernandel y incarne un détective amateur, vainqueur d'un concours local, qui tente de confirmer ses laborieuses aptitudes sur le terrain, à la suite du décès suspect du châtelain de Saint-Val, client de son oncle agent d'assurances. Le jeune homme, immodeste et couard, est chargé de débusquer le coupable.
Si l'ensemble ne conserve désormais plus guère qu'un certain charme désuet, on peut penser qu'à l'époque le public jouait véritablement à se faire peur avec ce genre de productions, qui évoquent celles de la Hammer, tant au niveau du décor et des accessoires que dans le maquillage et l'interprétation outrée des comédiens.
Le scénario alambiqué et bancal, mais très prévisible pour notre regard contemporain, évoque les romans d'énigme du début du siècle, et en particulier "Dix petits nègres" d'Agatha Christie.
L'honnête faiseur René Le Henaff signe une fantaisie tragi-comique sur mesure pour sa vedette marseillaise, où l'on remarque également la sûreté de jeu de Pierre Renoir.