Évidemment, le sujet du Passage (I was a Stranger en V.O) frappe par son ambition et sa volonté de traiter les conséquences des guerres, ici la Syrie, à travers les dommages humains, avec l'épreuve épouvantable que constituent la fuite et la trajectoire des désormais réfugiés. Le film commence sur un tempo élevé, au cœur des bombardements d'Alep et assumera jusqu'au bout sa volonté de montrer des images choquantes de violence, tout en cherchant à capter notre attention, c'est souvent le cas, et notre émotion, ce qui l'est moins, principalement pour des raisons de construction bancale du récit. En augmentant au fur et à mesure le nombre de personnages principaux, victimes ou profiteurs de la tragédie de l'exil obligé, le film dilue l'intérêt et ne semble d'ailleurs pas toujours cohérent dans son cheminement narratif, créant parfois des zones de suspense qui frisent l'indécence, eu égard aux drames qui se jouent. Et c'est plutôt maladroitement que Le Passage tente de relier toutes les pièces de son puzzle, avant même d'abandonner plus ou moins cette volonté dans sa conclusion hâtive et frustrante. Si Brandt Andersen, le réalisateur, avait voulu traiter complètement ses différentes histoires, il lui aurait fallu le temps d'une série. Sur à peine plus d'une heure et demie, le résultat ne peut être que décevant, plutôt réussi en tant que film d'action, mais nettement moins sur tous les autres aspects.