Les recettes les plus simples sont souvent les meilleures ; Herzog, lui, aime à mettre différentes épices pour le meilleur et pour le pire, fort de son globe-trotting. Dans cette création, toutefois, on peut lui reprocher de faire dans le réchauffé. Le temps a bien passé mais l'originalité de son propos n'est quand même pas le moins du monde au rendez-vous : le Grand Méchant Homme blanc qui s'attaque avec égoïsme et orgueil aux gentils indigènes, c'est indigeste.


Ceci étant dit, ce n'est pas parce qu'il reprend un vieux filon qu'il n'y trouve rien. Plutôt que de prendre parti, il se retire et laisse les envahisseurs se ridiculiser avec leur technologie et leur jargon devant l'humilité muette et contemplative des Aborigènes. Cela serait sain s'il ne se laissait pas bêtement atteindre par le cliché de l'entrepreneur opportuniste et de l'irascible personnage secondaire venant échauffer les nerfs de tous. Heureusement, Herzog maîtrise très bien le choc culturel de son œuvre, le laissant s'exprimer dans des scènes marquantes, comme les Aborigènes qui rêvent leurs enfants à côté du détergent (un rite qu'ils accomplissaient à cet endroit, où se situait le seul arbre de la région avant la construction d'un supermarché).


Mais il y a encore un « mais » : Herzog fait des Aborigènes le sujet de son film, mais aussi les acteurs, et pour chapeauter tout cela, il défend leur cause ; mais quelle est cette manière de les défendre qui donne une vision aussi biaisée de leur peuple ? On ne voit ni les femmes, ni les enfants, ni quiconque, en vérité, en-dehors des deux interprètes principaux qui se trouvent être des chefs. On croirait que le régisseur se laisse aller à la corruption du divertissement, et je dis ça pour deux raisons : d'abord, l'image qu'il donne des locaux ressemble à la fascination subjective et immédiate qu'ils exercent, et pas du tout à un tableau poli ou travaillé. Ensuite, il s'adonne au cinéma de divertissement quand les gentils Aborigènes et les méchant Blancs finissent au tribunal, sous la houlette d'un juge arborant fièrement une serpillière sur la tête tandis qu'il débite avec classe les lignes péchues écrites typiquement pour... un mec classe arborant fièrement une serpillière sur la tête. Même la très jolie légende des fourmis vertes est une « arnaque », inventée de toutes pièces par le réalisateur.


Je me surprends à dire du mal de Wo die grünen Ameisen träumen. L'ambiance m'a accroché et je ne me suis pas ennuyé une seconde. L'ambiance rythmée par les didjeridoos, les gros plans sur les faces d'ébène, le caractère des personnages, l'accent traînant du transfuge de Mad Max Bruce Spence, la chaleur de scènes pleines de métaphores et de poésie... En plus, le film fait parler l'Australie de la bouche de cet homme qui est le dernier à parler son langage ; on l'appelle le Muet parce qu'il n'a plus personne à qui parler, pourtant il a tout à dire. Tout cela m'a fait passer un agréable moment, et je n'ai même pas eu l'impression rétrospective que c'était irrégulier. Oui, c'est un bon film, où Herzog semble avoir atteint le pinâcle de l'exotisme et de l'art mêlés ensemble... mais c'est juste un mirage.


Quantième Art

EowynCwper
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le 9 sept. 2018

Critique lue 416 fois

Eowyn Cwper

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1

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