Voir l'adaptation du roman "le père Goriot" de Balzac au cinéma était quelque chose que je voulais faire depuis longtemps. Et puis, je voulais voir l'adaptation de Pierre Vernay avec dans le rôle titre Pierre Larquey.
Le film est sorti en 1945 signifiant qu'il a été tourné probablement pendant l'Occupation. Certainement avec les moyens du bord.
Le film est très fidèle au roman avec d'inévitables raccourcis ou petites modifications peu importants ; quelques grincheux vous diront que la fameuse parole finale de Rastignac est dite au cimetière dans le roman et non dans une salle de bal mais l'esprit y est parfaitement conservé.
Les acteurs sont bien choisis :
Vautrin joué par un truculent Pierre Renoir qui est bien dans le ton du personnage manœuvrier dans les coulisses de la haute société.
Jean Desailly en l'idéaliste Bianchon est rétrospectivement (au vu de sa carrière ultérieure de comédien…) excellent.
Georges Rollin en Rastignac : Il est nettement plus vieux (trente-six ans) que l'âge du personnage qui en a vingt-deux puisqu'il est encore étudiant et découvre la société et la vie. Mais l'acteur joue bien son rôle ; en effet, il fait jeune et montre un caractère pas encore trempé même s'il est dévoré d'ambition et possède encore de nombreux scrupules. Le rôle est assez complexe et m'a paru bien tenu.
Et bien entendu, le père Goriot joué par un profond Pierre Larquey. C'est un acteur que j'aime beaucoup car il a souvent des rôles (des seconds rôles) de personnages profondément sympathiques voire même un tantinet philosophes. Parfois, sa gentillesse cache une canaille mais c'est plutôt rare (exemple du "corbeau"). C'est aussi un acteur que je n'ai jamais vu dans un rôle de jeune.
Et ici, il est bien la personne adéquate dans le rôle d'un père qui a sacrifié sa vie et surtout sa vieillesse à ses deux filles qui se sont révélées des monstres d'égoïsme. La scène de son agonie est très belle, entouré de Bianchon et Rastignac. Son jeu est naturel.
La mise en scène de Robert Vernay est simple et sobre. On peut parfois déplorer certaines transitions entre les scènes un peu abruptes mais le contexte de l'époque peut expliquer cela.
Mon seul regret dans ce film est la quasi absence de la description de la pension Vauquer qui vaut son pesant de cacahouètes dans le roman…
Mais ces défauts ou ces petits manques ne sont pas très graves au regard de l'excellente interprétation des personnages du roman.