Je n'ai plus grand souvenir de ma lecture de Balzac mais, à l'évidence, l'adaptation proposé par Robert Vernay est particulièrement réductrice. C'est un condensé des incidents du roman, avec certainement de petits arrangements avec l'oeuvre originelle, qui est mis en scène sans la moindre imagination ni subtilité. Comment faire entrer, d'ailleurs, tant de figures balzaciennes -dont Rastignac et Vautrin qui font leur apparition- dans un film d'1h30?
De fait, les personnages manquent franchement d'épaisseur et ils sont, de plus, mal incarnés. Rastignac, l'étudiant provincial tombé sous la coupe du forçat évadé Vautrin dont il devient l'instrument des visées maléfiques, est la figure centrale et il est joué par un André Rollin très terne. L'irremplaçable Pierre Larquey fait peine à voir en Père Goriot poitrinaire, désespérément épris de ses deux filles -des garces et bourgeoises grossières- et filmé sur un mode pathétique jusque dans l'agonie. On croise aussi le capitaliste Nucingen et l'usurier Gobseck (avec son allure d'apatride...), même pas ébauchés mais répondant à la doxa pétainiste de l'anti-France.
D'un roman du patrimoine littéraire, Vernay fait un petit mélo sans envergure où la satire sociale -avidité, ambitions...- se résume à un petit concentré de bassesses humaines sans beaucoup de signification. A la fin, Rastignac décillé peut toujours proclamer "à nous deux Paris", il a assez peu fait la démonstration de son apprentissage des turpitudes parisiennes.