Le Piège
6.4
Le Piège

Film de Nagisa Ōshima (1961)

pour le noir, il n'y a plus d'espoir

Kenzaburo Oe est l'un des plus joyeux drilles de la littérature nippone. Qu'on pense à des titres comme Dites nous comment survivre à notre folie, ou bien Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants, on voit tout de suite le potentiel comique qui en ressort. Alors quand c'est Nagisa Oshima, qui partage sans doute avec Masaki Kobayashi le titre de plus joyeux luron du cinéma japonais, on n'imagine que trop bien ce que cela risque de donner.

Et autant dire qu'on ne s'était pas trompé. Dès l'ouverture, la musique funèbre, qu'on imaginerait bien accompagner les rituels macabres d'une secte satanique, nous met dans l'ambiance. C'est une nouvelle que Oshima "adapte" ici, c'est à dire qu'il en reprend la trame et qu'il brode lui-même autour. La trame, c'est l'histoire d'un soldat afro-américain capturé derrière les lignes par les habitants d'un village paumé du Japon, pendant la seconde guerre mondiale. Forcément, pour ces villageois qui ont, pour la plupart, perdu un ou plusieurs proches à la guerre, il va représenter tout ce qui ne va pas pour eux.

Oshima déroule un petit théâtre où chacun se révèle plus mesquin que son voisin : tout tourne autour de l'inconvénient qu'il y a de garder en vie ce soldat pour la police militaire, et de ce que cela va coûter. Et chacun de rivaliser à qui sera le plus avare.

Malgré de très belles images, l'ensemble fatigue assez vite par son côté répétitif, et tellement sordide : Oshima, qu'on connaît pour son jusqu'au-boutisme, ne vous offrira aucune respiration, ou si peu que c'est tout comme. Pas plus qu'il n'humanisera son prisonnier, et pour cause : considéré par une bête par les japonais, dont il ne comprend pas la langue, et qui sont d'un racisme bien ancré, il est réduit par sa position aux fonctions primaires, manger et boire. Et le sexe, dans une scène d'une grande cruauté, où les garçons du village forcent une simple d'esprit à relever sa jupe pour tester la réaction du prisonnier. Remarque, si ma mémoire est bonne, dans la nouvelle il y a quelque chose de similaire avec une chèvre, mais peut-être que là, même Oshima n'a pas osé!


Autant dire que devant Le piège, on ne va pas tellement s'amuser.

BigDino
6
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le 3 sept. 2025

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BigDino

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