Un an après The Ghost and Mrs Muir, Le Portrait de Jennie offre une nouvelle variation sur l’exploration d’un amour atemporel. Cette fois, c’est par l’entremise de la création artistique que se matérialise l’apparition de Jennie, dont les venues successives vont se construire sur un double mouvement antithétique.
La première dynamique est celle de l’évolution, d’une progression positive : Jennie ne cesse de grandir au fil de ses apparitions, s’initie à l’amour et à l’enthousiasme tandis qu’Eben trouve par son entremise une nouvelle inspiration.
Mais à mesure que ses interventions dans sa vie l’émeuvent et lui permettent de créer, ses absences n’en sont que plus douloureuses : succède à la fébrilité d’un amour hors norme la prise de conscience du manque, de la solitude et du deuil.
Si les ficelles du conte fantastique ne sont pas toujours très subtiles, et les violinades constantes de la B.O assez irritantes, la photographie et la lumière nous offre de beaux plans sur les visages, celui de Cotten comme de Jones. La première partie, où le peintre se concentre sur les paysages, occasionne de belles prises de vue sur New York, et les contre plongées de la scène de la patinoire magnifient ce rapport entre peinture et cinéma.
La religion, omniprésente, ne permet pas pour autant un retour total à la norme du récit qui s’achève sur la victoire de l’art face au temps et à la mort, grâce à ce procédé qu’on retrouvera dans d’autres films sur la peinture, La portrait de Dorian Gray et Andrei Roublev, où les derniers plans font jaillir la couleur sur la toile.