Avec ce brillant et réjouissant "Le Privé", on est tenté de dire que Robert Altman passe à la moulinette le petit monde de Chandler en le confrontant à la culture hippie, aux valeurs "libérales" post soixante-huitardes qui sont en train de changer profondément l'Amérique. C'est bien sûr l'inverse qui se produit, et le costard-cravate ringard de Philip Marlowe le démarque des veuleries de la jet set californienne aussi sûrement que son cynisme souriant et indifférent. Abattre son meilleur ami à la fin (polémique et critiquée, cette fin ne surprend que si l'on n'a pas saisi le moralisme fondamental à l’œuvre chez Altman), alors que tout le monde s'en fout, est une déclaration forte - politique même à l'époque : on peut gâcher sa vie en souriant, et paraître se préoccuper plus de retrouver son chat perdu, il reste des compromis que l'on ne fera pas, même s'ils paraissent tellement faciles au sein de la société qui nous entoure. [Critique écrite en 1980]