Connaissant assez peu Altman finalement, je ressors du film complètement hanté. The Long Goodbye entreprend de revisiter les codes du film noir au prisme des innovations esthétiques du Nouvel Hollywood. Altman va profiter de sa liberté de ton pour accentuer à l’excès tous les traits esthétiques du genre et le réduire à son essence la plus pure. L’intrigue passe d’ailleurs au second plan, quelque part on n’en a pas grand chose à secouer de ce meurtre/suicide, de cet argent qui disparaît. Ce qui compte, c’est tout ce qui l’entoure, à commencer par l’ambiance.
Altman construit quelque chose d’à la fois assez sobre et posé mais qui parvient au-delà de ça à être éminemment sensoriel. Ca commence par un non-spectacle total avec Elliott Gould qui nourrit son chat capricieux, on établit assez vite que le film se construira sur un rythme lancinant et qui va déconstruire toute l’emphase dramatique pour accentuer les moments de flottement, les dialogues, les moments de suspension. Il y a un sens du lieu qui est assez pénétrant, entre cet appartement situé dans ce voisinage à la géométrie intrigante, cette maison luxueuse et fouillis en bord de plage, les rues de LA…
Tout est filmé avec un superbe grain qui donne un côté un peu indéfini à l’image. Tout ça va un peu donner un feeling hors du temps, à la fois posé et inquiétant, comme si on était dans un rêve. Sans être aussi ouvertement onirique que Lynch, il y a une parenté assez claire entre les deux cinéastes. D’ailleurs j’adore la manière dont Altman filme, la caméra reste souvent extérieure à l’action, filme à travers les vitres ou derrière un meuble, comme pour donner au spectateur le sentiment qu’il est un intrus, qu’il n’appartient pas à ce monde. Même les simples champs/contre-champs sont filmés avec un léger mouvement, comme si on était dans un état de flottaison permanent. L’ambiance est bien entendue accentuée par la musique de John Williams et ce thème principal entêtant qui vient régulièrement habiter l’image.
C’est assez fascinant de suivre le personnage d’Elliott Gould qui semble être dans un état de détachement permanent, rien ne semble vraiment avoir d’importance tant le monde dans lequel il est plongé est absurde. Tout est noir et violent, on retrouve encore une fois l’idée d’une misogynie inhérente au genre, le film semble à la fois rendre un vrai hommage au film noir tout en déconstruisant ses stéréotypes. Et j’adore cette fin, parfaitement en adéquation avec le reste tout en marquant une rupture bienvenue.