Personnage intriguant, atypique, célèbre, adulé, Jean-Luc Godard a tout d'un personnage de film. Mais son caractère torturé, contestataire, provocateur l'a peu à peu éloigné du star système et des paillettes du cinéma; lui qui en était le roi dans les années 60. Ce biopic de Michel Hazavanicius tente d'expliquer la fracture qui a eu lieu à la fin des années 60, lorsque Godard a tué Godard et a commencé à faire du cinéma chiant.
Pour raconter son film, le réalisateur va utiliser la biographie d'Anne Wiazemsky, avec qui Godard vivait à l'époque et avec laquelle il fut même marié. En entrant dans l'intimité du personnage, Hazavanicius dévoile un personnage égocentrique en perpétuel conflit entre ses idées, ses principes souvent rigides et extrêmes, et la réalité du banal et du quotidien qu'il ne supporte pas. Cela aurait pu engendrer un film dramatique, conflictuel et moribond, mais au contraire, le réalisateur en a fait une comédie ou plutôt un drame tragi-comique à l'image des screwball comedy américaines des années 30 que Godard adorait. Son personnage magnifiquement interprété par Louis Garrel devient un clown burlesque où la vie semble le ridiculiser quotidiennement en le ramenant à la réalité et le gardant humain. On en aimerait presque ce personnage austère...
Mais le film est aussi un bijou d'écriture. Il faut dire que chaque interview de Godard est une mine d'or littéraire et il n'y a qu'à se servir pour mettre bout à bout des perles d'humours et de sarcasmes. Enfin quelle belle leçon de cinéma ! Hazavanicius s'est fait plaisir avec ce film et ça se voit, en multipliant évidement les références au cinéma de Godard, mais aussi en osant des plans demandant une double lecture (un travelling sur des slogans contredisant les dialogues, des sous-titres traduisant les pensées des personnages, etc...). Hazanavivius s'amuse ici avec la grammaire cinématographique et ses personnages, et cela donne un petit chef-d'oeuvre d'une fraicheur rarement vue pour un biopic.