Faire éprouver au spectateur les sensations de ses personnages est l'une des immenses qualités de ce Rendez-vous de l’été. Le malaise que l'on peut ressentir devant l’écran semble être la réplique directe de celui, palpable, de Blandine (formidablement incarnée par Blandine Madec), mais aussi, dans une autre mesure, du malaise de Julie (impeccable India Hair), mieux masqué par une apparente maitrise des codes, et de tous les autres, y compris Benjamin (splendide Arcadi Radeff), pourtant si à l'aise…
Seule Alma, l'enfant (Lou Deleuze), semble ne pas – encore ? – partager le malaise où sont plus ou moins plongés ces êtres ordinaires dans une société (celle de la famille comme de la Cité) qui semble ne pas vouloir d’eux. Ils deviennent ainsi les reflets (très atténués cependant) de ces sans-abris expulsés de la ville à l’occasion des Jeux – des affiches et des discours du film rappelant ces mots simples mais percutants de l’époque : « Pour accueillir les caméras, il a fallu faire partir tous ceux que personne ne regarde. » La caméra de Valentine Cadic, elle, veut précisément accueillir ceux que personne ne regarde.
Paris et les JO ne sont pas le centre du film : seulement l’arrière-plan d’une chronique du malaise que tout un chacun peut ressentir quand il lui est signifié qu’il n’est pas à sa place.