Mikio Naruse propose un joli film féministe à la fois d’une grande douceur, typique du cinéaste (pas très loin de ce que peut également faire Ozu dans l’exploration pudique et simple des sentiments et relations intra-familiales ; on y retrouve d’ailleurs beaucoup de ses acteurs/actrices fétiches) mais également très noir dans sa manière de dépeindre la tristesse et la lassitude de son héroïne (cantonnée à un rôle de femme au foyer sans lendemain) à travers des gestes, postures et regards subtiles mais hautement évocateurs.
L’irruption dans le quotidien si bien huilé de ce couple d’un élément perturbateur (la nièce du mari comme symbole de cette jeunesse éprise de liberté dans un Japon en pleine reconstruction et occidentalisation) va bousculer ses convictions et lui donner des envies d’émancipation (départ pour Tokyo et souhait de trouver un travail).
Setsuko Hara est, comme souvent, parfait avec ce sourire de façade cachant une profonde mélancolie. Elle porte le long-métrage qui perd un peu le cap dans sa seconde partie à Tokyo en multipliant les personnages (la nièce passe clairement au second plan) et qui hélas se conclue de manière un peu abrupte :
cette fin douce-amère de la femme retournant auprès de son mari (ayant tout même peut-être pris conscience de la situation) semble venir en contradiction avec ce qui a précédé et amoindrit la portée de son propos féministe; même s’il s’agit d’une conclusion peut-être plus réaliste que l’émancipation fantasmée par son héroïne et le spectateur.