"L’Abandon" s’attaque à un sujet particulièrement délicat : l’assassinat récent de Samuel Paty, encore chargé d’émotion et de tensions politiques en France (le film n'est pas à l'abris de récupérations par les différents extrêmes). Le film avance ainsi sur un terrain sensible qu'il cherche souvent à ménager en nuançant son propos qui pourrait paraitre à charge (même s'il s'agit finalement de ce qui s'est réellement passé).
Sur le plan narratif, le long-métrage se révèle efficace. Son récit, clair et pédagogique, interroge les mécanismes ayant conduit au drame : emballement des réseaux sociaux, inertie institutionnelle, poids du système éducatif et tensions autour de la laïcité. L’interprétation d’Antoine Reinartz, tout en retenue, est irréprochable. À ses côtés, Emmanuelle Bercot, dans le rôle de la principale, livre une performance d’une grande empathie. Leur duo constitue l’un des points forts du récit.
Cependant, la principale limite de "L’Abandon" tient à son absence de véritable parti pris formel/narratif. En cherchant l’exhaustivité et une forme d’objectivité, le film adopte une mise en scène très illustrative, parfois proche du téléfilm ou de la reconstitution façon documentaire judiciaire, au détriment d’une vraie vision cinématographique (sur un sujet relativement proche, nous sommes évidement très loin de l'audace et la réussite d'un "Elephant" de Gus Van Sant).
On peut être également gêné par cette tension dramatique artificielle et un brin manipulatrice qui joue sur notre connaissance du fait divers et sa tragique issue. Une gène se fait également ressentir dans la représentation
de l'assassinat : l'acte se passe en hors champs mais on aperçoit tout de même nettement la tête décaptivée dans l'arrière plan lors de l'arrestation du terrosriste.
Maladroit...
Au final, "L’Abandon" est un film nécessaire, efficace et stimulant dans les questions qu’il soulève sur notre époque. Mais malgré la force du sujet et la qualité de ses interprètes, il manque d’un véritable point de vue de cinéma pour dépasser le statut d’œuvre pédagogique et devenir pleinement marquant.