J'ai déjà vu les principaux films dérivant du roman de Mary Shelley, occasionnant autant de petites variations dans le personnage du baron Frankenstein. Personnifié par l'austère et tranchant Peter Cushing, le personnage a toujours été très loin du romantisme du roman, et encore plus de celui, échevelé, de Kenneth Branagh. C'était d'abord un scientifique froid et rigoureux, plus obsédé que passionné. Ça m'a toujours beaucoup plu et intéressée, car ça cadrait bien avec le physique et la classe imperturbable de l'acteur. Je ne suis donc pas contre le noircissement du personnage, d'autant plus que j'adore le noir.
Seulement, il y a des limites. Il faut que ça reste cohérent. On voit d'abord le baron transporter longuement sa petite valise ronde contenant le "fruit" de sa récolte (non, pas un chapeau !) et retourner tranquillement à son labo. Faire du baron Frankenstein un vulgaire tueur de slasher qui guette ses victimes armé d'une faucille au coin d'une rue la nuit, passe encore. Ça m'a un peu gênée, mais bon, c'est le début du film et on oublie. Première déception : pas de joli labo comme dans "La revanche de Frankenstein" avec son bric-à-brac cliquetant. Terence Fisher accentue encore le côté macabre et glauque avec cette trappe au-dessus d'un puits très profond, pratique pour jeter des cadavres. Exit la poésie colorée du labo.
Elle est loin l'obsession qui guidait les travaux du docteur : faire avancer la science (et ressusciter sa femme). On a l'impression qu'il est juste guidé par la vengeance et obsédé par la soif de reconnaissance. C'était déjà le cas dans les films précédents, et ça reste cohérent avec la froideur dégagée par Peter Cushing. Mais là, c'est plus tordu. On sent moins la volonté d'expérimenter, de créer la vie à partir de la mort. Le personnage est plus machiavélique. Il convoite le cerveau d'un autre docteur, enfermé dans un asile psychiatrique A CAUSE DE LUI, pour le transplanter dans un autre corps et pouvoir ainsi accéder à ses connaissances. Ah, il devra auparavant le guérir de sa folie (!), mais ça, c'est un détail, hein ?
On s'éloigne donc de plus en plus du romantisme noir du personnage d'origine et de ses motivations premières. Le personnage est de plus en plus malsain, sans scrupules et assimilable à un vulgaire tueur en série.
Et comme si ça ne suffisait pas pour détruire le personnage, arrive la scène de trop, inacceptable et totalement sortie de nulle part : celle du viol. Pauvre Peter Cushing, j'étais gênée pour lui ! La scène est tellement grotesque et incohérente ! Je n'ose imaginer ce qu'aurait pensé Mary Shelley si elle avait pu voir ça... Perso, ça m'a totalement sortie du film et gâché la suite.
Je mets quand même la moyenne, parce que j'aime trop Peter Cushing et qu'il reste impeccable et follement charismatique, même en pleine incohérence.