Le Rideau cramoisi par Maqroll
Les nouvelles de Barbey d’Aurevilly sont réunies dans un recueil par lequel on aborde le plus souvent son œuvre, les Diaboliques. Auteur majeur de la littérature française du XIXe, Jules Barbey d’Aurevilly sut distiller dans un style admirable des histoires féroces où la nature profonde de l’homme était révélée dans toute sa noirceur pathétique. Alexandre Astruc, grand théoricien du cinéma et inventeur du fameux concept de la « caméra-stylo », s’empare pour sa première réalisation d’une des nouvelles les plus sulfureuses du « Connétable »… Hélas, trois fois hélas, foin de caméra-stylo mais un style pompeux avec un commentaire en voix off qui prend toute la bande sonore. C’est académique, glacé et ça suscite rapidement un désintérêt profond. On est très loin de l’âme noire de Barbey et de sa connaissance du psychisme humain. Les protagonistes eux-mêmes, joués par Jean-Claude Pascal dont ce fut le titre de gloire à l’écran (dans un rôle muet, quelle malchance !) et Anouk Aimée (qui traverse le film comme un zombie) sont dirigés comme des marionnettes et n’arrivent pas à nous communiquer cette fièvre de la passion pourtant au cœur de la nouvelle et de toute l’œuvre de Barbey. Il manque tout simplement du souffle et de l’imagination dans ce petit film d’école qui montre la différence abyssale entre la théorie et la pratique.