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Warner a décidément les pieds dans la semoule.

Après les deux flops consécutifs de Tarzan et Pan, tous deux destinés à relancer des franchises basées sur des personnages littéraires, et alors que leur DCEU peine à rattraper le succès des travaux de Marvel/Disney, les voilà qui remettent le couvert avec une nouvelle version d'un thème déjà transposé jusqu'à la lie : la légende arthurienne.

Enfin, le terme "version" est un bien grand mot tant on aura vite compris que ce Roi Arthur mouture 2017 n'en aura que le nom, quand bien même les producteurs font appel une fois de plus à l'un des rarissimes réalisateurs ayant été capable de rassembler du monde en salle tout en dépassant avec audace leur simple cahier des charges ; c'est donc à Guy Ritchie, l'homme derrière le pêchu et décomplexé diptyque Sherlock Holmes, qu'incombe la tâche de redorer le blason du studio, ce coup-ci en réadaptant pour la énième fois le mythe le plus illustre de la culture anglo-saxonne. Et cela me coûte de le dire, mais bien que le père de Snatch ait réussi à me faire croire – que dis-je croire, prendre mon pied oui – à un Robert Downey Jr. rosbifié mettant des tartes au ralenti à une brute épaisse dans les bas-fonds d'un Londres légèrement steampunk, ici il a clairement tout faux.

N'ayant apparemment cure des innombrables gestes et autres histoires qu'englobe la Légende et qui auraient pu servir de base solide à un scénario passionnant, Ritchie n'en garde que le seul et unique élément incontournable – Arthur retirant Excalibur du rocher – et concocte une espèce de pastiche d'Hamlet (ou du Roi Lion, c'est selon les goûts) prenant place dans une Angleterre improbable où se côtoient ruines romaines, barbares embourgeoisés, mages afro-américains et maîtres de kung-fu asiatiques. Ouch, ça commence déjà très mal.

Non-satisfait d'un cadre spatio-temporel aussi farfelu, le réalisateur en rajoute une couche sur le plan visuel en tricotant un canevas informe et numériquement indigeste de ce qui s'est fait de plus ou moins rentable sur ces 30 dernières années, tant en terme vidéoludique que cinématographique. Au final, on notera Le Seigneur des Anneaux : le Retour du roi, Kingdom of Heaven, Robin des Bois (celui de Scott, dont tout le monde se fout), 300, La Petite Sirène, Harry Potter et la Chambre des Secrets, Dark Souls, Batman Begins et même Princess Bride (si si, les gros rats dans la caverne...) ; le tout monté en accéléré par un chimpanzé épileptique et bien sûr ponctué de dialogues anachroniques, l'ami Guy semblant s'imaginer que l'on peut faire gober n'importe quoi au spectateur, y compris une histoire n'ayant aucun foutu rapport avec la Bretagne, pourvu que celle-ci soit racontée sur le même ton moderne et décalé que tous ses précédents films (qu'on aime ou pas).

Sauf que non, M. Ritchie, cela ne marche pas comme ça. Quand on ne respecte pas le matériau original, la moindre des choses serait au moins de prendre le temps de poser les bases de son univers, de présenter ses personnages en justifiant les motivations de chacun (pourquoi, par exemple, Vortigern tient-il tant à arracher le pouvoir des mains de son frère, quitte à sacrifier sa femme et sa fille et à pactiser avec les mages qu'il semble tant haïr ?) et enfin de nous faire nous attacher à ceux-ci. Ce qui n'est pas gagné, tant au niveau du casting que de l'écriture.

Déjà, Charlie Hunnam est certainement le roi Arthur le moins crédible au monde avec son physique de bad boy musclé et sa coupe de hipster bien gominée (au passage, j'ignorais que le bomber était à la pointe de la mode Londonienne au Vème siècle), mais surtout, question personnalité, son "héros" ne brille pas beaucoup de consistance. Archétypal jusqu’au bout des ongles, même dans son parcours (un gamin des rues élevé dans un bordel suscite forcément plus d’empathie que l'apprenti d'un artisan, d'un fermier ou d'un scribe, c’est bien connu), ses élans de badasserie et autre rhétorique flamboyante pour remettre notamment à leur place un Roose Bolton incrédule, un Djimon Hounsou dépassé et une bande de Vikings un peu trop précieux ne sont que vaines tentatives de combler les manques d'un scénario poussif et exempt de la moindre once d'originalité.

Sa bande de va-nu-pieds ne rattrape rien, plus faire-valoir que personnages à part entière, interprétés pour la plupart par des têtes inconnues et nommés par le mec le moins imaginatif du monde (je vous jure que j'ai lutté pour ne pas me taper la tête à la mention des noms Fesse d'Huître, Graisse d'Oie et Bâton Mouillé), ils font davantage penser à des Robins des Bois du pauvre qu'à des Chevaliers de la Table Ronde en devenir. Aucun ne dégage d'empathie ou n'inspire la chevalerie, pas même le seul dont la tête nous dit quelque chose (Littlefinger, décidément bien peu intéressant hors de ses forfaits à Westeros), ce qui empêche net tout attachement pour eux. Démonstration :

Après avoir été blessé lors d'une course-poursuite, l'un finit par mourir au terme d'un interrogatoire et le seul élément sur lequel on compte pour émouvoir est qu'il est le père d'un enfant, ce qui est également la seule chose que l'on sait de lui.

N'oublions surtout pas la grognasse de service, interprétée par la sirène de Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence (une Française évidemment, sinon ce serait moins drôle), qui se cantonne à tirer la tronche sans interruption et mériterait la palme du pire accent de l'année.

Même Jude Law, seul acteur un tant soit peu dans son élément – si l'on exclut Eric Bana qui doit n’apparaître que deux minutes à tout casser – semble se demander quel est l'intérêt du rôle le plus mal étoffé qu'on lui ait confié : tantôt dictateur sanguinaire citant Caligula à ses heures perdues, tantôt parricide pleurnichard et faustien, le pauvre se hisse à peine à la hauteur d'un Claudius dans un mauvais ersatz de tragédie Shakespearienne. On lui accordera tout de même le loisir de prononcer le seul et unique « fuck » de tout le film (il fallait bien qu'il y en ait un) et de compter David Beckham parmi ses soldats (caméo aussi inutile qu'inattendu).

Si l'on retiendra à peine une ou deux scènes salvatrices (l'extraction d'Excalibur, le sauvetage d'Arthur ou encore la course-poursuite dans les rues de Londinium), quelques trouvailles visuellement sympathiques (la démonstration des pouvoirs d'Excalibur par le plus beau plan-séquence en slow-motion qu'on ait vu depuis Snyder) et une 3D pour une fois fort bien exploitée (dommage que la qualité du film ne suive pas), il n'y a hélas pas grand-chose à sauver de ce Roi Arthur. Le seul qui apparaisse un tant soit peu inspiré est Daniel Pemberton, signant une BO dynamique et rythmée qui ne plaira pas à tout le monde mais qui demeure tout à fait jouissive à l'écoute et à la réécoute. Pour le reste, il aurait mieux valu appeler ce film Les aventures de Jean Tartempion au pays des Culottes Noires ; cela aurait sans doute parlé à moins de monde, mais le mythe serait demeuré un peu plus intact en son intégrité.

Faites-nous un Sherlock Holmes 3 et on n'en parle plus.

reastweent
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Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes La musique est plus mémorable que le film en lui-même., Les meilleurs films sur la légende arthurienne et Flop 2017

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le 29 déc. 2023

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