Le film est fidèle au roman que j’avais lu, en son temps. Le livre tire son titre « Le Roi des Aulnes » d’un poème de Goethe qui commence ainsi :

« Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ?/ C'est le père avec son enfant/Il serre le jeune garçon dans ses bras/Il le tient au chaud, il le protège (…) »

Le personnage de Tiffauges est ambigu et inquiétant, beaucoup plus encore d'ailleurs dans le livre qu’il ne l’est dans le film. On a beaucoup reproché à Michel Tournier les tendances pédérastiques de son personnage qui, cependant, même s'il semble attiré par les enfants, ne passe jamais à l'acte. Paradoxalement, alors qu’il est plutôt attiré par les garçons que par les filles, c’est une fille qui, au début du roman, précipite sa chute en l’accusant d’attouchements dont il est innocent. En fait, le personnage de Tiffauges tel que l’a imaginé Tournier, est l'innocence incarnée. Il n’a, en lui, aucune méchanceté, aucune noirceur. Son innocence est réelle car s'il fait le mal, il n'en a nulle conscience. Abel est à la fois une victime (de ses camarades à l’Institution Saint-Christophe, de ses camarades prisonniers qui lui tuent ses chers pigeons pour les manger…) et un bourreau (son attitude de soumission abjecte envers les Allemands est plus animale qu'humaine) avant qu'il ne comprenne lors de l'ultime scène de la prise de la forteresse que le rôle qu'il a joué est indigne d'un être humain et qu'il choisisse de redevenir humain au péril de sa vie et dans le seul but de sauver "ses" enfants.

Néanmoins, le film comme le roman mettent terriblement mal à l’aise. Certes, tous les films sur cette période, particulièrement lorsqu'ils traitent de l'abjection absolue du IIIème Reich, ne peuvent que développer, chez un spectateur normalement constitué, qu'une violente réaction de rejet.

Je reconnais cependant que John Malkovitch (qui est un acteur que je n’aime généralement dans aucun de ses rôles) est ici au top de son jeu d'acteur et qu'il se glisse admirablement dans le rôle de Tiffauges.

Dans la 2ème partie, j’ai aussi retrouvé avec joie l'immense et lumineuse Marianne Sägebrecht, la charismatique héroïne de Bagdad Café, une actrice beaucoup trop rare et que l'on aimerait voir plus souvent. Dans ce film, même si elle a un rôle mineur, celui de la gouvernante attentionnée et bienveillante de la forteresse de Kaltenborn où elle apporte aux enfants l'amour et la tendresse qu'ils n'ont pas eue ou dont ils ont été brutalement privés, on ne saurait l'ignorer tant elle rayonne de bonté.

On doit aussi saluer la prestation extraordinaire de l’acteur allemand Volker Spengler qui incarne avec tellement de justesse la folie et la démesure de Göring que l’on croit presque voir, quand on le voit dans ce rôle, des images d’archives.

Bien qu’il soit classé « tous publics », je déconseille cependant de montrer ce film à des enfants ou de jeunes adolescents tant il est dérangeant et déstabilisant, plus par son ambiance trouble que par les scènes que l'on y voit, dont aucune n'est, en soi, véritablement choquante.
Roland Comte

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