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le 12 mai 2020
SuivreA Man and his gun
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J'ai une passion pour le Nouvel Hollywood, époque où l'effervescence artistique a accouché d'une quantité assez monstrueuse de films. Et pour quelques Le Parrain, The Deer Hunter ou Taxi Driver, des chefs-d'oeuvres entrés aux Panthéons de la cinéphile, on compte sûrement des centaines de films inconnus, oubliés, jamais ressortis, réalisés par des cinéastes qui n'auront jamais acquis la renommée de leurs illustres contemporains.
Et parfois, en fouillant dans ce passé glorieux, on exhume quelques pépites. Le Roi des Gitans en fait partie.
Son réalisateur (et scénariste), Frank Pierson, est l'un de ces cinéastes. D'abord scénariste pour Sidney Lumet ou Stuart Rosenberg, il va passer derrière la caméra au début des années 70, son film le plus cèlèbre restant sûrement, au sein d'une filmographie peu reconnue, la troisième mouture de A Star is Born, sorti en 1976, avec Kris Kristofferson et Barbra Streisand. Le Roi des Gitans vient 2 ans après, et amène avec lui un casting 5 étoiles, avec les vieilles gloires que sont Sterling Hayden et Shelley Winters, des stars montantes, Susan Sarandon en tête, et un tout jeune Eric Roberts, dont c'est le premier film - tâche d'autant plus difficile, car c'est le personnage qu'il incarne qui sert de boussole au spectateur.
On y suit donc la trajectoire de Dave, jeune garçon qui grandit dans une commaunté gitane installée sur la côté Est américaine, puis va s'en éloigner, petit à petit, dégoûté par ses traditions qu'il juge archaïque. Lorsqu'une fois adulte, son destin va recroiser celui de sa famille, ses convictions vont se heurter au poids de l'héritage familial et de ce qu'on lui transmet.
D'abord, si le regard extérieur posé sur la communauté gitane - et le fait que ce soit des acteurs américains qui les incarnent - peut poser problème à notre époque, la représentation qu'en fait Frank Pierson est finalement moins caricaturale qu'utilitaire. Ainsi, elle semble surtout servir à souligner le décalage de ce groupe de gitans paumé au milieu d'une Amérique qui se modernise à tout va, au milieu une société très normée - où se fait grandissant le poids de la propriété privée et de l'Etat - et de leur système de valeur qui lui tout à fait étrangère.
De plus, L'idée de cette "royauté" au sein de la communauté - le personnage de Sterling Hayden s'est octroyé le titre de "roi des gitans" - et la construction du mythe qui s'y rapporte, font du film une sorte de conte, où le folklore gitan - illustré par l'omniprésence de la danse et de la musique, et des cérémonies collective - sert de toile de fond, comme le gangstérisme italo-américaine servait de toile de fond à la tragédie familiale du Parrain.
Niveau mise en scène, le Roi des Gitans reprend tous les codes du Nouvel Hollywood, entre tournage en décors réels (et le plus souvent urbain), omniprésence de figurants, intérieurs austères et réalistes. Elle ne réinvente rien, mais quelques plans bien léchés viennent donner un supplément d'âme à l'ensemble. Petits ajouts cependant : l'emprunt à Ingmar Bergman de son directeur de la photo maison, le suédois Sven Nyqvist, et une musique très jazzy/manouche de David Grisman, qui sert de liant à l'ensemble du film et qui lui donne son rythme entraînant.
Mais c'est surtout par son fond que brille le film. Au coeur d'un époque de libération des moeurs qui profite principalement aux hommes, la place des femmes dans le Nouvel Hollywood a longtemps été réduite à sa portion congrue. Mais pas ici.
Car le Roi des Gitans est, en partie, un film sur le patriarcat. En effet c'est le destin des femmes de son entourage qui va pousser Dave, notre personnage principal, à agir. L'injustice que subissent ces femmes va être le moteur de son action.
D'abord, la violence que subit sa mère - Susan Sarandon - maltraitée par un mari cupide, alcoolique et violent, dont la lâcheté et la veulerie sont extraordinairement incarnés par Judd Hirsch, second rôle trop rare dans le cinéma américiain, et qu'il ne peut plus supporter, va l'amener à antagoniser ce père.
Mais, ce qui va pousser Dave à s'éloigner de sa famille, en définitive, c'est surtout la perspective, en tant que fils de son père, et petit-fils de son grand-père, de devoir faire perdurer l'archaïsme des traditions les plus misogynes de la communauté, notamment l'achat (ou le vol, parfois) d'épouses...
Quelques années plus tard, lorsque le grand-père vieillissant le fait revenir dans le giron familial, et que Dave découvre que son père a vendu sa soeur à une autre famille gitane pour qu'elle en épouse un fils, il va se convaincre qu'il faut tuer le père, quitte à accepter un fardeau trop grand pour lui.
Dans le Roi des Gitans, ce sont donc les femmes qui sont les personnages à travers lesquels se révèle le coût humain des traditions que les hommes prétendent préserver : c'est peu ou prou le même propos que tiendra Saeed Roustaee 45 ans après, dans son génial Leila et ses frères.
Car là est le fond du film, si ce sont nos traditions, nos modes de vie, qui définissent qui nous sommes, comme groupe ou comme communauté, que doit-on faire d'eux lorsqu'ils deviennent évidemment archaïque au sein d'une société qui avance dans ses moeurs ?
L'héritage n'est-il pas avant tout un piège et la famille qui le perpétue une institution qui enferme les individus sans qu'ils puissent choisir qui ils sont ?
Et que devons-nous en faire lorsqu'ils entrent en contradiction avec nos aspirations à la liberté ?
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Créée
le 17 oct. 2026
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