Délicate chronique bercée d’Americana, champs de maïs et vent dans les feuilles, où Lillian Gish s’éprend du fermier voisin (il répare si bien ses outils !), lequel n’a pour ambition, malgré l’opposition de ses parents - et de la communauté réunie à l’église dans une saisissante scène-, que d’aller faire fortune à NY. Le film décrit bien l’inconnu effrayant que représente la métropole pour les petites communautés agricoles du début du XXe, ne serait-ce qu’à travers les tentations vestimentaires des catalogues (scène poignante où Lillian se confectionne chapeau à rubans et tenue ad hoc). Il y a bien sûr un côté fable : le jeune homme finit par revenir riche. Mais il doit sa fortune à l’invention d’une grenouille en plastique qui nage, détail prosaïque qui ramène le récit à sa dimension humaine. Et il faut voir Lillian voler l’épouvantail constitué du costume de son chéri, pour en faire un substitut avec lequel elle se marie, dans une scène où la jeune première révèle une pente fétichiste joliment délirante. Le finale est un morceau hélas plus virtuose (petit mystère sur le retour du héros, infanticide évité grâce à un substitut, révélation par flash-back) que vraiment émouvant, la narration l’emportant cette fois sur les personnages.