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La belle province
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le 31 mars 2016
Rappelle qu'une épouse est aussi une femme...
Un film de 1956 avec un couple de 2026?
Un film bluffant qui me donne envie de lire Simenon.
70 ans nous séparent de ce film mais ses sujets sont encore dans nos journaux et conversations: eg. les transfuges de classe, l'équilibre travail/maison et ..."Quatre-vingt-quinze pour cent" la femme s'emmerdait en baisant...(le clitoris vient d'ailleurs à peine d'être étudié autant que le pénis?).
Le tout assaisonné par Michel Audiard: "Titine, sans la découverte des sulfamides, elle vérolait toute la Charente". Titine, c'est la cancanière de la région, ses enfants sont des putes ou des voleurs (criante de vérité Georgette Anys, en reine mère pondeuse de xénomorphes sociaux).
Tout le film, on découvre d'ailleurs qu'il y avait des maisons closes de partout, et des prostituées très occupées...mais qu'une femme aille voir un ancien amant de jeunesse, et là, "tout le monde en parle" comme disait feu Ardisson.
Henri Crémieux, à tête de Jean Castex, est typique en Monsieur Propret sans cesse donneur de leçons, chassant les dépenses en entreprise, éteignant lumières très tôt le matin...mais (se) dépensant en pute une fois par semaine avec une pauvrette de l'âge de sa fille...(je découvre Claude Sylvain qui joue très juste et vole les scènes).
Si la si belle fin, à la sortie de l'ïle de Ré, révèle un couple qui s'aime. Ce n'est pas du tout un couple libre sans valeurs.
Rappelle-que-l'argent-ne-fait-pas-le-bonheur...mais en moins cliché.
Rappelle que 'La complainte du progrès' de Boris Vian était une fake-news: elle listait tous les biens matériels que soi-disant réclameraient les épouses pour être heureuses.
Le mari a été vu comme arriviste, mais il a surtout juste bossé et gravi l'échelle sociale par l'ambition et le travail, puis il découvre qu'il a oublié son épouse, qui aspirait à aussi être avec lui, et une femme.
C'est le père du mari, comme dans la série Frasier, qui fait comprendre cela au fils: scène clé et ma préférée avec Paul Faivre. Une scène émouvante où le cocu est accusé, à juste titre, d'avoir "trompé" et oublié sa femme (mais QUE avec son travail). On peut tromper les gens de différentes façons. Simenon prend alors à rebrousse poils et choque! Audiard et Simenon écrivent et décrivent mieux que moi cette scène clé où le père fait comprendre au fils qu'il a négligé sa femme, en ne pensant qu'à l'épouse et la mère et au bien-être matériel.
On comprend, à demi-mot dans certaines scènes et clairement dans d'autres, qu'en dépit des possibilités, l'entrepreneur joué par Gabin , n'a jamais trompé sa femme autrement que pas ses absence professionnelles...il contredit la baby sitter, Renée Faure, en lui disant que cette rumeur qu'elle veut vérifier, est fausse...il ne va pas aux putes...Renée Faure joue d'ailleurs très bien celle qui salive en le voyant et s'est clairement mise sur la liste d'attente. C'est d'ailleurs presque comédique la façon dont elle saute dans les pantoufles de la femme dés qu'elle est partie...elle change même la déco aussi sec la Renée Faure!
Sa femme se ressers de son petit ami d'enfance, une chique molle sans ambition mais doué au lit; il lui donne un goût de revenez-y,
mais une fois la gaudriole passée, elle revient au bercail,
comme un homme qui va aux putes,
sauf que sa pute était ici, un mec.
(sans crier gare, Simenon, Grangier et Gabin font dans le féminisme: bien avant 'Jacky au Royaume des filles' de Riad Sattouf, ils inversaient les normes car une femme qui va ailleurs, c'est alors "Le monde à l'envers"!).
La manière dont Monique Melinand jouait l'épouse fatiguée de sa vie blasée, m'a rappelé certains des gestes et expressions corporelles choisies par Meryl Streep dans 'Kramer contre Kramer'.
Il est très beau, qu'à son retour volontaire, son mari ne lui donne pas "une mandale" ou des insultes comme dans La femme du boulanger, 20 ans plus tôt,
mais lui partagera même juste un bonbon et lui promet une nouvelle maison,
mais plus petite, pour retrouver une petite bulle d'amour à taille humaine comme elle le souhaite.
Ce bonbon qui soudain apparait à la fin est il d'ailleurs une allusion sexuelle?
Une promesse qu'il s'occupera enfin du sien?
(métaphore qui serait pas plus bête que celle du train aussi à la fin du Hitchcock "la Mort aux trousses" ?)
C'est là que le titre m'apparait excellent, car justement l'homme, le vrai, ça se retient, ça écoute et ne laisse pas "le sang lui monter à la tête", Jean Gabin est d'ailleurs captivant dans ce quasi total contre-emploi le changeant de ses habituels plutôt machos (de l'époque).
(...quoique que si on écoute bien son copain joué par Paul Frankeur, la maitrise a été longue à apprendre; c'est en devenant adulte et responsable qu'il a en fait appris à maitriser ce sang qui lui montait vite à la tête car dans leur jeunesse, ils ont castagné et jeté des "portoricains"? dans les ports).
ps: 270345 de SC m'apprend que Monique Mélinand "fut l'élève de Louis Jouvet, puis sa compagne jusqu'à la mort de l'acteur-pédagogue et en 1951 à la suite de Madeleine Ozeray, lorsqu'elle le trompa avec Max Ophüls ! Une autre histoire d'infidélité conjugale."
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Les meilleurs films avec Jean Gabin, Les meilleurs films sur la famille, Arte, ma dette envers cette chaîne! Films (re)-vus grâce à arte., Acteur Henri Crémieux a des airs de Jean Castex... et Gilles Grangier : aide-mémoire; pas de sondage?
Créée
le 7 août 2025
Modifiée
le 7 août 2025
Critique lue 158 fois
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