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La belle province
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le 31 mars 2016
Gilles Grangier, en son temps, fit partie de ces réalisateurs fusillés par les réalisateurs de la Nouvelle Vague qui firent, auparavant, un tour par la critique. Incarnation du « cinéma à la papa ", le travail de Gilles Grangier a heureusement aujourd’hui été réhabilité, et le fiel de ces critiques élitistes ne pèse pas grand-chose quand il s’agit de comparer les œuvres qu’ils ont pu livrer à côté de cet excellent artisan. Réalisateur de très nombreux films avec Michel Audiard au scénario et aux dialogues et avec Jean Gabin en premier rôle, il a livré de très bons films, à commencer par ce Sang à la tête assez méconnu qui est pourtant un drame remarquable. Adapté de Simenon, l’intrigue n’a, pour une fois, rien à voir avec les récits policiers de ce dernier. Il raconte comment un homme qui a réussi et qui est détesté ou méprisé de tous pour cette raison-là, met sens dessus dessous une ville tout entière pour retrouver sa femme qui a filé avec un amour de jeunesse. En homme cocu qui se moque, au final, des apparences, Jean Gabin livre une prestation d’une grande sobriété face à une population mesquine qui se rit en coulisses de ce qui lui arrive.
Cette peinture au vitriol de la bourgeoisie provinciale mais également des petites gens est un tableau soigné qui permet à Gilles Grangier, non seulement de multiplier les portraits de nombreux personnages, mais aussi d’une ville portuaire qui vit au rythme de son activité professionnelle. Aussi habile dans l’une que dans l’autre, il met à jour une efficacité redoutable à raconter une histoire d’une confondante simplicité et à brosser le tableau de toute une époque. Les coups de canif sont nombreux et épargnent peu de personnages aussi hypocrites, opportunistes et médisants les uns que les autres. Les dialogues savoureux et acérés de Michel Audiard font mouche tout au long du film, sachant mélanger les bons mots dont il avait le secret tout en rendant compte d’une atmosphère de l’époque. Car ce film, comme beaucoup de Gilles Grangier, c’est d’abord cela : recréer une atmosphère autour d’une époque, d’une ville, d’un milieu, et de tous ceux qui le font.
Avec ce film, qui est la deuxième collaboration entre le réalisateur et l’acteur, s’ouvre une nouvelle période pour Jean Gabin avec des personnages différents, permettant de mettre en avant d’autres facettes de son talent d’acteur, à la fois fort et doux, capable d’envoyer bouler n’importe qui en récitant trois bons mots comme capable de mettre ses faiblesses sur la table avec une remarquable pudeur. Voilà un excellent titre du carré d’as du cinéma français des années 1950 (Simenon, Audiard, Grangier, Gabin) qu’il est toujours aussi agréable à revoir et qui explique aussi pourquoi les tenants de la Nouvelle vague m’ont toujours inspiré un certain mépris.
7,5/10
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