Le Secret des mésanges surprend par la densité de son récit, capable de confondre avec une infinie simplicité des enjeux familiaux – le traumatisme d’un incendie vécu par la mère, la disparition de son propre père –, territoriaux – le spectre de la guerre continue de planer sur la commune de Bectoile – et individuels, puisqu’il s’agit pour une petite fille de découvrir son histoire, entendue à la fois comme personnelle et collective. Dès lors, l’archéologie devient une métaphore de cette volonté d’exhumer un passé qu’il faut recomposer à la façon d’un puzzle ou d’un jeu de pistes : la curiosité manifestée par notre protagoniste part d’une déconnexion (un téléphone portable sans batterie) pour se raccorder à l’espace environnant, aux infrastructures culturelles comme la médiathèque municipale et au dialogue avec les habitants, notamment avec ses marginaux. La forêt recouvre son acception merveilleuse, et le long métrage s’amuse de l’archétype du sorcier plaqué sur un être abîmé.
L’authenticité thématique est également esthétique : le choix d’une animation en deux dimensions par pantins et de décors faits de papier découpé exprime l’enfance et sa créativité affranchie de toute technique sophistiquée. En résulte un sentiment de vie : pas un plan qu’un animal ne traverse, pas une plante qui ne bouge au gré du vent ou des déplacements des personnages, preuve supplémentaire de l’attention portée par l’équipe du film au tout petit et à l’inscription de l’être humain dans des microcosmes qu’il peine à circonscrire. Une belle réussite.