Le Sergent noir
7.4
Le Sergent noir

Film de John Ford (1960)

C'est un western moins connu que les grands westerns de John Ford, comme la Prisonnière du désert, la Chevauchée fantastique ou ceux de sa trilogie sur la cavalerie US... il est donc bon de rappeler qu'il est aussi l'un de ses meilleurs, et certainement l'un de ses films les plus courageux, non pas tant par le sujet qu'il développe que par le portrait du sergent empreint de dignité et de noblesse ; un portrait majestueux qui pour la première fois dans le cinéma américain montrait un Noir comme un héros, paré de toutes les vertus généralement accordées aux Blancs. C'est probablement une réponse du grand réalisateur qui fut souvent accusé de racisme dans ses westerns.
Si les lieux, l'époque, les personnages sont bien ceux d'un western, Ford s'attache surtout à l'étude de moeurs et aux préjugés raciaux pesant sur les Noirs, libérés de l'esclavage sudiste par la guerre de Sécession (les premiers régiments composés entièrement de soldats Noirs, mais commandés par un officier Blanc, furent constitués en 1866). L'histoire du viol dont il est question ici, fait ressurgir leur différence, et l'audace pour Ford a consisté à montrer les lâchetés des Blancs ainsi que leur hypocrisie face à la fierté et au courage des Noirs, sans pour autant tomber dans le manichéisme inverse qui aurait consisté à dénoncer les tares des Blancs pour mieux glorifier le Noir. Mais l'audace est peut-être moins flagrante qu'il n'y parait, car toute l'action se passe dans un milieu militaire, à l'occasion d'une cour martiale, où le Noir est un soldat, non un citoyen quelconque, et c'est pour l'honneur de l'armée américaine, de cette cavalerie si chère au coeur de Ford, qu'on s'acharne à faire éclater la vérité.
Le raid contre les Apaches inséré dans l'action (au sein d'un décor naturel de toute beauté), n'est pas remis en question, mais Ford qui aborda souvent le thème du racisme à l'égard des Indiens, notamment dans les Deux cavaliers ou les Cheyennes, semble l'ignorer ici pour ne se préoccuper que de la cause noire.
Le personnage du sergent Rutledge permet à Woody Strode, grand acteur athlétique des années 60 habitué des seconds rôles, d'aborder un rôle beaucoup plus profond de façon magnifique, il reste d'ailleurs un ami de John Ford qui assistera à ses derniers instants en 1973. Ceci ajouté au reste du casting (Jeffrey Hunter convaincant, Constance Towers touchante...), à la beauté des images hors procès, à la vérité des personnages, rendent ce film très attachant, sans faire oublier les limites de son antiracisme.

Créée

le 10 mai 2017

Critique lue 979 fois

Ugly

Écrit par

Critique lue 979 fois

31
10

D'autres avis sur Le Sergent noir

Le Sergent noir

Le Sergent noir

8

Docteur_Jivago

le 26 mai 2014

Suivre

Un Ford humaniste

John Ford est alors en fin de carrière lorsqu’il nous livre « Le sergent noir», un western humaniste où l’on suit le procès autour d’un sergent noir accusé de viol défendu par un lieutenant dans une...

Le Sergent noir

Le Sergent noir

9

jesuismutique

le 1 avr. 2021

Suivre

La pépite cachée de John Ford

Un sergent noir, Rutledge(Woody Strode), est accusé d'avoir violé et tué une jeune femme blanche.... "Le sergent noir" est sans aucun doute un film à part dans l'immense filmographie de John Ford. Il...

Le Sergent noir

Le Sergent noir

8

Pierre-Amo-Parfois

le 12 janv. 2022

Suivre

John Ford en coach de fact-checking/debunking/éducation à l'image. +touche de Dupont Lajoie.

(Liste de mini remarques sans plan avec spoils; le résumé est sur la page SC). "comme un garçon..."Au delà de la question de l'esclave puis du noir dans la société Américaine, ce film m'a surtout...

Du même critique

Il était une fois dans l'Ouest

Il était une fois dans l'Ouest

10

Ugly

le 6 avr. 2018

Suivre

Le western opéra

Les premiers westerns de Sergio Leone furent accueillis avec dédain par la critique, qualifiés de "spaghetti" par les Américains, et le pire c'est qu'ils se révélèrent des triomphes commerciaux...

Le Bon, la Brute et le Truand

Le Bon, la Brute et le Truand

10

Ugly

le 10 juin 2016

Suivre

"Quand on tire, on raconte pas sa vie"

Grand fan de westerns, j'aime autant le western US et le western spaghetti de Sergio Leone surtout, et celui-ci me tient particulièrement à coeur. Dernier opus de la trilogie des "dollars", c'est...

Gladiator

Gladiator

9

Ugly

le 5 déc. 2016

Suivre

"Mon nom est gladiateur"

On croyait le péplum enterré et désuet, voici l'éblouissante preuve du contraire avec un Ridley Scott inspiré qui renouvelle un genre ayant eu de beaux jours à Hollywood dans le passé. Il utilise les...