On le sait, bien sûr, Douglas Sirk excelle dans les mélodrames. Mais ça ne l'a pas empêché de se lancer dans le western avec "Taza, fils de Cochise" puis quelques années plus tard, dans le péplum avec "le Signe du païen".
La période historique choisie c'est le Vème siècle qui voit l'empire romain se désagréger peu à peu, entre l'empire d'Occident avec Rome et l'empire d'Orient avec Constantinople et la pression de toutes les hordes barbares dont en particulier les Huns avec leur chef ou roi Attila, le "fléau de Dieu".
Comme d'habitude dans les péplums, le scénariste jongle un peu avec la vérité historique. Par exemple le film laisse entendre que l'empire d'Orient négociait en secret avec les barbares dont Attila pour être tranquille et les orienter (délicatement) vers Rome. En réalité, c'est plutôt le contraire. L'empire d'occident était déjà en dessous de la ligne de flottaison et Attila s'attaquait plutôt à l'empire d'orient, plus juteux et encore intact.
Il y a un point intéressant à mettre en avant : les barbares (huns, khazars, avars, etc ...) viennent tous de lieux situés dans la Hongrie, Bulgarie, Russie, Ukraine actuelles, c'est à-dire en 1954, en plein maccarthisme, les pays du bloc soviétique derrière le rideau de fer face à la chrétienté en quelle que sorte. Le sujet du péplum ne serait donc pas si innocent que ça ...
Pour ce qui concerne le film, le scénario tiré d'un roman semble assez solide et oppose une société, qu'elle soit du côté de Rome ou de Constantinople, en pleine dégénérescence mais "unie" autour d'un Dieu (chrétien) unique face à une société païenne, avide de pouvoir et de richesse.
La réalisation de Sirk est efficace et convaincante pour mettre en scène les discussions politiques (destitution de Theodose) ou stratégiques . Par contre, les scènes de combat semblent peu travaillées et pas très lisibles. Dans le supplément du DVD Jean-Pierre Dionnet explique cela par le fait que Sirk n'aime pas la guerre et considère que la guerre, c'est le chaos et la mort. Et par conséquent c'est ce qu'il veut montrer dans le film où il n'est pas question de faire de l'esthétique des batailles.
Le rôle de Marcian qui est le centurion de la Légion chargé d'un message de Rome vers Constantinople et qui au final deviendra empereur est joué par Jeff Chandler (qu'on a vu dans le rôle de Cochise dans "Taza" et "la flêche brisée". Le personnage est droit dans ses bottes et ne dévie pas dans ses convictions patriotiques ou religieuses.
Face à lui, Jack Palance dans un excellent Attila montre un personnage imprévisible mais intelligent, superstitieux mais obsédé par la croix et pour être conforme à la légende, féroce.
Dans ce film, c'est certainement Jack Palance qui tire le mieux son épingle du jeu.
Son entrée tonitruante dans la salle du festin est une merveille de réalisation mais aussi de "présence" de l'acteur.
L'impératrice Pulchérie, sœur de l'empereur Théodose, est jouée par Ludmilla Tchérina (qu'on ne verra pas danser ici !) mais qui campe une adroite personnalité de premier plan capable de manœuvrer son frère ainsi que Marcian.
Au final, si on ne s'intéresse qu'à l'aspect péplum, l'évaluation conduirait à un 6 voire moins. Maintenant, si on s'intéresse plus à l'aspect historique et en particulier au personnage d'Attila, on peut monter la "note" à 7 ; ce que je vais faire de ce pas ...