Difficile de rester insensible à la promesse du Son des souvenirs : un drame sensible porté par l’incandescence de Paul Mescal et Josh O’Connor, réunis pour incarner une passion secrète née dans l’Amérique rurale du début du XXe siècle. L’intrigue, adaptée d’une nouvelle de Ben Shattuck, possède ce parfum d’élégance mélancolique qui fait chavirer les cœurs. D’un côté, Lionel, fermier du Kentucky à la voix d’or, entre au conservatoire de Boston où il croise David, compositeur tourmenté. Leur idylle, aussi brûlante que cachée, est bientôt interrompue par la Grande Guerre, et c’est là que le film déploie sa plus belle originalité : à son retour, le duo ne se contente pas de raviver sa flamme, il s’élance dans un road trip à travers le Maine pour capturer sur un magnétophone de fortune les chansons locales, ces perles sonores qui forment la trame d’un folklore en voie de disparition. Cette quête archivistique donne au récit une dimension presque documentaire, un prétexte idéal pour explorer les liens entre la mémoire collective et les sentiments intimes. On ne peut qu’être saisi par cette idée simple et forte : fixer la musique, c’est aussi tenter de retenir le temps, et peut-être l’être aimé.


La tonalité du film, pudique et lancinante, flirte ouvertement avec le classicisme d’un Brokeback Mountain, mais Oliver Hermanus ne fait jamais de l’homosexualité de ses personnages un sujet en soi ; elle est un fait, une évidence qui imprègne leurs gestes et leurs silences. La véritable portée thématique réside ailleurs, dans cette méditation sur l’absence, le poids du regret et la fuite des années. On est happé par la manière dont le récit saute le pas, abandonnant David, brisé par les tranchées, pour suivre Lionel, devenu chanteur entre Rome et Londres, hanté par le fantôme de son ancien amant. Les interprètes, magnétiques, portent cette douleur muette avec une intensité rare, rendant palpable le désir de graver chaque instant comme on grave une chanson sur un cylindre de cire. Pourtant, on aurait tort de s’attendre à un torrent d’émotions ; c’est dans le non-dit, dans la répétition des gestes et la beauté austère des paysages que le film trouve sa force discrète, mais réelle.


Alors, pourquoi céder à l’appel de cette ballade ? Parce qu’au-delà d’une réalisation académique qui refuse toute envolée lyrique trop appuyée, Le Son des souvenirs distille une forme de vérité rare. Il capture avec justesse la manière dont une mélodie devient l’écho d’une vie, d’un amour perdu, d’un moment de grâce évanoui. Si l’on reste parfois sur le seuil de l’émotion pure, comme tenus à distance par la sobriété voulue du réalisateur, on ne peut nier l’intelligence avec laquelle le film entrelace la fragilité de la passion et la persistance du souvenir. C’est un long poème mineur, certes, mais qui a l’élégance de ne jamais forcer notre émotion, préférant nous envelopper dans sa mélancolie cotonneuse. On en sort moins bouleversé qu’imprégné, avec cette sensation étrange que les sons, eux, ne s’évaporent pas tout à fait.

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le 15 févr. 2026

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