Premier long-métrage de Pierre Etaix, considéré parfois, injustement, comme un sous-Tati, dont il a, il est vrai été l'assistant. Un peu brouillon encore, ce premier essai apparaît comme un manifeste de films ultérieurs plus réussis. On y trouve déjà son jeu sur les bruitages (par ailleurs déjà à l'oeuvre dans ses courts métrages précédents), son amour du cirque, et son burlesque qui malheureusement, sombre parfois ici dans une outrancière comédie de boulevard.
Mais déjà, Le soupirant comporte des fulgurances. Il commence par des vues de la lune, avant qu'on ne se rende compte qu'il s'agit de la décoration de la chambre d'un jeune homme manifestement passionné par l'astronomie. En une image, le jeune homme est décrit : son caractère obsessionnel et le fait qu'il est effectivement ce qu'il convient d'appeler lunaire, ou dans la lune, les deux à la fois. Plus tard, la nouvelle décoration de la chambre sera une série improbable de portraits d'une artiste dont notre personnage est amoureux, et son absession se manifestera par un disque rayé repassant en boucle la même syllabe.
Car Pierre Etaix communique plus par les sons que par la parole. Son film le plus abouti, Yoyo, commence d'ailleurs comme un film muet. Et déjà dans Le soupirant, les sons racontent une histoire. Ainsi de ces boules quies isolant le personnage principal du monde, au point qu'aucun son ne pénètre plus, ni pour lui ni à l'écran. Ou comment montrer à quel point sa chambre est pour lui un refuge en-dehors d'un monde qu'il ne comprend pas.
Pour autant, notre jeune homme n'est pas seulement un rêveur. Il veut aussi à tout prix trouver une épouse. C'est ce qui déclenchera le film, à travers un hilarant discours du père (je vous laisse le soin de découvrir ça) le poussant à sortir afin de rencontrer la femme de ses rêves. Ses désillusions successives seront souvent très drôles, mais parfois bien trop exagérées et la principale, celle qui prend le plus de place, sera malheureusement également la plus lourde. C'est que l'humour de Pierre Etaix dans ce film tient plus du gag fugace, et le film n'est jamais aussi bon que lorsqu'il ne laisse pas traîner les situations. En cela il est très différent de Tati, à qui il sera pourtant souvent comparé.
Le soupirant s'avère un film inégal, qui vaut néanmoins le détour pour bon nombre de trouvailles. Pierre Etaix fera mieux, par la suite.