Évocation de la vie de Billy Beane, éminent ordonnateur des destinées baseballistiques des Athletics d’Oakland.
Préambule désabusé d’un profane absolu
En tant qu’Européen foncièrement étranger aux arcanes ésotériques du baseball — ce divertissement résolument circonscrit aux imaginations états-uniennes — je dois confesser un désintérêt souverain pour toute velléité sportive. Cette distance abyssale rend le métrage d’autant plus hermétique, voire filandreux, pour quiconque ne s’est jamais égaré dans la liturgie arithmétique de ce jeu au déroulement parfois interminablement contemplatif.
Un drame de bureaux sous couvert d’épopée sportive
Le film, que l’on m’avait imprudemment décrit comme un hymne flamboyant à la compétition, s’avère n’être en réalité qu’un drame de bureau engoncé, un méandre de palabres administratives et de stratégies comptables. Les travellings entre les néons blafards des locaux et les conciliabules aboutissent à un récit où l’action se dissipe comme une brume timorée.
Ce prétendu récit sportif se révèle plutôt un traité théorique, parfois apodictique, où l’on disserte plus qu’on ne joue, où les chiffres règnent avec une majesté glaciale que rien ne vient tempérer.
L’illusion d’un souffle épique
Qu’on ne s’y trompe point : ceux qui escomptent des scènes de matchs trépidantes, des élans virils sur le terrain ou des montées d’adrénaline chorégraphiées risquent d’être frappés d’une stupeur perplexe. Le Stratège n’offre ni fureur, ni tumulte, ni ce crescendo dramatique que l’on attend d’une œuvre prétendument sportive. Tout y est poli comme si l’on avait amputé le film de son propre élan vital.
Une lenteur hydrostatique pour le spectateur non-initié
Pour le profane que je suis, cette production s’allonge dans une hydrostatique pesante, où les minuties statistiques deviennent un véritable marécage herméneutique. Sans connaissance préalable du baseball — dont les règles labyrinthiques semblent conçues pour mettre en déroute tout esprit non américanisé — la narration s’enlise. On y gravit laborieusement des montagnes de tableaux et de raisonnements abstraits sans jamais percevoir le moindre souffle galvanisant.
Conclusion résignée
Bref, la pellicule ressemble davantage à une dissertation filmée qu’à un drame haletant, un ouvrage saturé de raisonnements austères plutôt que d’émotions cinétiques. Un film que seuls les fidèles du baseball, peut-être fascinés par ces subtilités dont je reste perpétuellement orphelin, pourront apprécier sans ressentir l’écrasante lourdeur de cette œuvre longuette et indûment théorisante.