L'ombre et la lumière conversent ainsi magnifiquement, l'intime et le mystère aussi, tissés si savamment, la torpeur une fois de plus logée chez l'enfant, une petite fille placée au coeur d'une trouble dramaturgie, fouillant les ruines des amours mortes de ses parents, vive et souriante comme elle expédie sainement la tragédie politique de son pays, marqué par le fascisme depuis si longtemps déjà...Et le cinéma de Victor Erice à travers ses deux premiers longs métrages, à dix ans d'écart, 73-83, nous sert de ces merveilleuses correspondances. Coup sur coup, deux oeuvres majeures du cinéma européen, "l'esprit de la ruche" et "le Sud" font date et vous marquent à jamais.
Le Sud, plus sensible sans doute, moins frontal dans l'exploration des traumatismes politiques, plus au coeur de la famille et des cartes intimistes, mais tout aussi brillant dans son esthétique. On pense à Angelopoulos parfois..., l'observation des corps, des climats agissants, plus récemment au turc Ceylan, en héritage. Mais nous mesurons bien l'impact aujourd'hui, et la force de ce cinéma dans ses échos profonds, et son essentialité.
Nouvelle exploitation du film en salle, l'occasion rêvée de (re)découvrir ce chef d'oeuvre de simplicité, de sensivité, comment diriez vous...au juste?... de sensorialité, pour le moins cette formidable chaptalisation d'émotions simples et belles donnant aux films son sucre si particulier.
Un diptyque à sanctuariser.
Et un coup de coeur absolu pour Le Sud....
Inoubliable.
A n'en pas douter.