Antonio Berti,peintre italien,vient à Reims à la demande de son ami,le banquier Robert Maurisson,pour restaurer des tableaux à la cathédrale.Lorsque Cathy,l'adolescente servant de modèle à Antonio,est découverte assassinée,celui-ci soupçonne son pote qu'il a aperçu près du lieu du crime le soir où il a eu lieu.Bien embêté,il ne sait s'il doit en parler à la police,d'autant que Robert le convainc plus ou moins qu'il n'était pas là et qu'il a vu quelqu'un d'autre.C'était l'époque où Jean-Pierre Mocky faisait encore des films de série A,cette coproduction franco-italienne étant produite côté français par Jacques Dorfmann et bénéficiant de la présence de solides techniciens évitant au réalisateur de tenir tous les postes comme il devra le faire plus tard.Il y a là le monteur Michel Lewin et l'assistant Tony Aboyantz,fidèle second de Jean Girault,plus,coprod oblige,des épées du cinéma italien comme Sergio Amidei et Piero Piccioni.Le premier cosigne le scénario avec Mocky et son habituel complice Jacques Dreux,ainsi qu'Augusto Caminito,futur réalisateur de "Nosferatu à Venise",et la vedette du film Alberto Sordi,qui aimait bien foutre son grain de sel partout,tandis que Piccioni signe une excellente musique aigrelette à la Nino Rota.Amidei a écrit pour Scola,Ferreri,Monicelli,De Sica et surtout Rossellini,et Piccioni a travaillé pour tous les grands du ciné transalpin,les Bolognini,Risi,Lattuada,Corbucci,De Sica,Petri,Pasolini,Rosi,Monicelli ou Comencini,les deux ayant aussi collaboré à des films réalisés par Sordi,pas étonnant donc de les retrouver ici.Concernant Piccioni,il a été mêlé,étrange coïncidence,à la mort suspecte d'une jeune femme en 1953,l'affaire Wilma Montesi,qui a eu un énorme retentissement en Italie.L'histoire est tirée d'un roman américain d'Harrison Judd,"Le canard du doute",une de ces adaptations de polars d'Outre-Atlantique qu'affectionnait Mocky.C'est solidement réalisé,bien que l'on retrouve l'aspect clownesque propre au cinéaste,qui n'aimait rien tant que de plonger personnages et situations dans l'excès.Aborder le thème de la pédophilie n'était pas courant en ce temps-là,et les auteurs ont le cran de le traiter frontalement,le scénario baignant en outre dans une ambiance délétère et cynique assez convaincante,avec des protagonistes coincés dans des dilemmes et des postures inconfortables,principalement ce pauvre Antonio qui par amitié se projette dans une inextricable spirale funeste.La méprise du père voulant venger sa fille est également bien vicieuse,le gars tuant le vrai coupable tout en croyant s'être trompé de mec,la fatalité dans toute sa splendeur.C'est plein d'endroits sombres,de lieux humides,le tout servi sur lit d'image charbonneuse et d'intervenants pas nets,ce qui crée une atmosphère à la fois déprimante et inquiétante propice à ce récit sinistre.Mocky en profite pour exprimer sa haine des riches,des institutions et de l'Eglise à travers une série de portraits trop excessifs pour convaincre.Mais les ambigüités du discours sont souvent gênantes,le cinéaste faisant parfois de cette pourriture de Maurisson son porte-parole,avant d'en plus l'excuser.Le gus est présenté comme une sorte de bourgeois anarchiste,un homme issu du peuple devenu un notable par la grâce d'un riche mariage et méprisant son nouveau milieu,la scène où il oblige ses beaux-frères à lui embrasser le cul est grotesque mais parlante à ce sujet.Quant à son goût pour les très jeunes filles,il en est quasiment absous lors d'une surréaliste conversation avec Berti,lors de laquelle le rital lui dit qu'il le comprend,que lui aussi a failli basculer quand la petite Nathalie lui a sorti les boobs sous le nez.C'est vrai,quoi,quel mec n'a jamais rêvé de se taper une gamine?JP ira même plus loin en interview en prétendant que Robert n'est pas un pédo,c'est juste qu'il est tombé amoureux d'une nana trop jeune.C'est marrant,c'est ce que disent tous les prédateurs,c'est que de l'amour!Pourtant,lors de la scène où les deux joyeux drilles vont lutiner un duo de mères de famille prostituées,Robert s'éclipse pour culbuter la fille du métayer dans le foin,plus tout-à-fait une enfant mais bien jeune quand même.Et puis Robert le dit dans ses aveux à Antonio concernant ses relations avec Cathy,"c'est elle qui a pris l'initiative",comme Nathalie avec l'Italien en somme.Ah les sales petites vicieuses,c'est de leur faute tout ça,les mecs ne voulaient pas et elles l'ont bien cherché,ces allumeuses en herbe.Il est vrai qu'on était dans les années 70,après Mai 68 et la Révolution Sexuelle,du temps où il était interdit d'interdire et où les gauchos publiaient des tribunes dans Libé pour soutenir la pédophilie.Mocky était dans cette mouvance mais il s'est bien calmé ensuite puisque "Les ballets écarlates",qu'il a sorti en 2007,était beaucoup moins ambigu à cet égard,JP l'acteur flinguant carrément les pédos comme au tir forain.Ainsi qu'on le dit plaisamment,ce n'est pas la girouette qui tourne,c'est le vent.Sinon le film a été principalement tourné à Rome et non à Reims,mais il y a quand même une partie de chasse tournée dans les Faux de Verzy,cette forêt aux arbres tordus proche d'Epernay.Il ne faut bien sûr pas oublier l'autre axe développé vers la fin du film,celui de la peine de mort,qui n'en avait plus pour longtemps d'ailleurs,les socialos arrivant au pouvoir trois ans plus tard.Gros scoop,Mocky et ses scénaristes sont contre.Bigre,le contraire eût été étonnant,du reste a-t-on jamais vu un film se déclarant pour?Les gars l'ont jouée facile en faisant exécuter un innocent,c'est mieux pour faire avaler la pilule au populo.Au moins Lelouch avait-il eu le courage de montrer la décapitation d'un coupable en 69 dans "La vie,l'amour,la mort".Quant à Giovanni en 73,avec "Deux hommes dans la ville",il présentait aussi un meurtrier mais attention,il avait été quasiment obligé d'éliminer le méchant flic qui le persécutait,dans un film où jouait Gabin,qui devait au départ incarner Maurisson dans "Le témoin",son décès l'en ayant empêché.Là encore Mocky nous livre des déclarations hallucinantes,affirmant tout net que ça ne valait pas le coup de maintenir la peine capitale pour deux ou trois exécutions par an.Faut-il en déduire qu'il aurait été pour s'il y en avait eu 200 ou 300?Bizarre réflexion,mais le mec,s'il était un bon réalisateur,était un penseur plutôt baroque.Alberto Sordi,génie de la comédie italienne,se vautre totalement et nous sert un numéro extravagant gravement insupportable.Il en fait des tonnes,au point de transformer son personnage,déjà pas fini à la base,en un parfait débile mental.Philippe Noiret tient bien son emploi de notable onctueux et faux-jeton cachant de lourds secrets et de troubles désirs.Roland Dubillard,le dramaturge auteur des "Diablogues",est magnifique en commissaire fouineur et tenace qui ne s'en laisse pas conter.Il y a aussi Gisèle Préville,Miss France 1935,jeune première des années 30-40,bien tapée ici en épouse compréhensive d'un salopiot avéré.Le toujours impeccable Paul Crauchet assure en père douloureux et Paul Muller,figure du bis européen,est très bien en beau-frère larvaire.Les deux gamines tiennent très bien leurs rôles de tentatrices de vieux messieurs,on se demande d'ailleurs quel était l'âge réel des actrices car il est douteux qu'on autorise aujourd'hui ce genre d'exhibition juvénile,d'autant que les mignonnes n'hésitent pas à sortir leurs petits nichons.Quoi qu'il en soit,les jolies Sandra Dobrigna et Sophie Lautman ne feront pas carrière.Pour le reste,la bande de gueules cassées chère à Mocky est réduite car il a fallu laisser de la place à des ritals.On voit cependant Gérard Hoffmann en adjoint et petit ami du commissaire,Jean-Claude Rémoleux en balayeur gueulard,le gros moustachu Youri Radionow en chasseur,et l'inévitable paire Dominique Zardi-Henri Attal,le premier en faux coupable et le second en garde-chasse.Notes et critiques de films de Jean-Pierre Mocky publiées précédemment:voir critique "Le piège à cons".Nouvelle moyenne:3,8.