Enzo G. Castellari s'inspire assez évidemment des polars américains de l'époque, "French Connection" en tête. Outre la présence de Fernando Rey, on assiste dans les premières minutes à une fantastique poursuite en voiture aux abords de Gênes (merci Rémy Julienne !).
Mais rapidement, "La polizia incrimina la legge assolve" s'inscrit complètement dans le courant très italien du polizottesco. Son énorme succès en son temps ayant contribué à populariser ce genre de polar violent et pessimiste, voire nihiliste.
L'intrigue se déroule donc à Gênes, où un commissaire énervé (Franco Nero) tente de coffrer des trafiquants de drogue impitoyables.
Je pointe d'emblée les défauts du film : le jeu excessif de Franco Nero, qui vocifère et agite les bras pour montrer le ras-le-bol de son protagoniste. Un peu dommage, car à côté l'acteur est bon dans les séquences plus dramatiques. D'autre part, l'intrigue assez brouillonne, qui avance surtout à coups de trahison et de règlements de compte crapuleux.
Pour autant, j'apprécie ce genre de proposition de la grande époque du cinéma bis italien, dont Enzo G. Castellari était un bon artisan (avant de vriller dans les années 80...). On sent l'ambiance "décomplexée", avec cet inspecteur qui met beaucoup de baffes quand on lui demande s'il a un mandat. Et ces meurtres particulièrement violents, avec mitraillettes, crochets, ou moto option castration.
On ressent également le poids des années de plombs. Les trafics de drogue se déroulant sur fond de luttes politiques, ou de corruption des puissants.
Surtout, Enzo G. Castellari ne livre pas une œuvre impersonnelle. Il exploite bien l'atmosphère de Gênes, de nombreuses séquences se déroulant sur le port et les installations industrielles, l'occasion d'affrontements utilisant cet environnement dangereux.
Le réalisateur se livre même à quelques saillies bien pensées de mises en scènes. Ce générique de début où la caméra avance dans un tunnel, suivi d'une image réfléchie sur les lunettes de soleil d'un figurant. Plusieurs transitions malignes. Des ralentis (processus encore très technique et relativement rare à l'époque) ici utilisés à bon escient. Des fusillades nerveuses. Ou la musique des frères Angelis, ses collaborateurs fréquents.
Par contre, faites attention, la plupart des versions qui circulent sont brutalement tronquées, et c'est bien dommage. Le film complet dure environ 1h45, or les versions commercialisées (notamment en France) ne durent pas plus de 1h35... Ce qui est très embêtant car c'est la fin du film qui a été totalement charcutée !
Dans la fin complète, notre héros participe à un raid au port de Marseille, et élimine un paquet de gangsters au terme d'une fusillade efficace. Avant de regarder avec mélancolie la mer, et d'avoir une vision intelligemment mise en scène où il est abattu.
Dans la fin tronquée, les méchants se rendent au port de Marseille... et l'image coupe brutalement sur notre héros devant la mer, puis générique ! Pas de fusillade, pas de poésie, pas de bouclage de l'intrigue, de quoi frustrer pas mal de monde.