''Le Temple Shaolin'' – 1982 de Chang Hsin Yen, pour qui n'est ni connaisseur, ni amateur d'arts martiaux, est un divertissement hongkongais qui se suit avec intérêt. Il offre une plongée authentique dans l'art populaire chinois de la fin du siècle dernier.
Voici une bande de jeunes gens qui virevoltent en tous sens dans des décors tantôt bucoliques, tantôt historiques, l'intrigue se déroulant sous le règne de Li-Shih-Min de la dynastie Tang. Une lutte du yin contre le yang avec de nombreux retournements. Les méchants sont méchants, les gentils d'une braverie joyeuse et fondante, une idylle est même esquissée mais sans rien d'équivoque.
Le jeu des acteurs est expressionniste, théâtral dans la tradition de tréteaux, et rehaussé de coups de zoom-avant pour souligner l'émotion, car s'agissant de cinéma et non de théâtre filmé, le réalisateur utilise les moyens propres offerts par le médium cinématographique. Les cadrages tantôt serrés sur les visages, tantôt ouverts en grand angle sur des espaces dégagés où galopent des chevaux hennissant, tantôt enfin en plans moyens pour les scènes d'action varient les registres de focale. L'on remarquera les légères ramures verdoyantes ou les branches fleuries de roses qui offrent un cadre en premier plan à la plupart des scènes extérieures, rappelant l'esthétique des cascades lumineuses exportées de Hong-Kong qui dépaysent tant les consommateurs occidentaux dans les restaurants asiatiques de la planète. A cet égard l'acmé esthétique de l'opus réside dans les quatre saisons d'entraînement du moine apprenti incarné par Jet Li évoluant au sein de dioramas représentant successivement été, automne, hiver, printemps.
La musique pentatonique exprime la tradition séculaire de ce qui est montré : des combats donc, d'une virtuosité gymnastique époustouflante pratiqués par des moines ascètes. A signaler qu'aucun effet spéciaux vient polluer la prestation des acteurs, si l'on excepte quelques ralentis dosés parcimonieusement et un montage d'image à rebours pour simuler un saut en hauteur spectaculaire dans le combat final du jeune héros contre l'assassin de son père.
Le jeune héros donc, est un Jet Li de dix-neuf ans débutant sa carrière cinématographique, aussi frais qu'une pèche et aussi lisse qu'une prune, qui sait rôtir un chien et le partager avec ses condisciples gourmands : « Si l'on a Bouddha dans son coeur, manger de la viande et boire de l'alcool est sans peine. » Palme chorégraphique au combat du moine ivre.
Pour qui n'est ni connaisseur ni amateur de kung-fu, les combats pourront paraître longs, mais l'expérience vaut bien que l'on s'accroche. L'on s'émerveillera encore que les moines de Shaolin puissent combattre en robe de chambre, et que l'empereur Li-Shih-Min leur offre des robes en gage de satisfaction.
Nota : à voir en version originale avec sous-titrage algorithmique pour goûter une traduction d'un surréaliste très créatif. L'on peut apprendre ainsi aussi quelques mots de mandarin, comment se dit "madame", comment se dit "maître" et comment se dit "merci".