Dans Le testament d'Ann Lee comme dans The Brutalist, l'on retrouve deux coscénaristes : Mona Fastvold et Brady Corbet, la réalisation étant échue à la première, cette fois-ci. On voit clairement dans les deux longs métrages le désir de composer une véritable fresque historique, sertie dans une exigence formelle presque maniaque. Ann Lee, figure désormais oubliée du mouvement des "Shakers" au XIXe siècle, de Manchester à l'Amérique, est un personnage hors norme, une femme-chef religieux, vous imaginez, dont les préceptes autour de la dévotion et la chasteté, ont de quoi enflammer un film qui fait de sa vie une épopée pleine de bruit et de fureur, où l'outrance tient lieu de viatique, quitte à frôler le ridicule, ce que manifestement le film ne craint point, emporté par une puissance visuelle assez ébouriffante. En mêlant évocation historique et fanatisme religieux à des moments de comédie musicale, Le testament d'Ann Lee n'a pas de peine à susciter une forme de sidération, entre admiration pour son culot et perplexité quant à son absence de recul face à des agissements que l'on n'hésiterait pas, aujourd'hui, à qualifier de sectaires. Quoi qu'il en soit, dans ce spectacle fracassant et audacieux, la façon dont Amanda Seyfried se livre corps et âme à son personnage (la chaste sur un toit brûlant) a de quoi impressionner et fasciner, mais aussi d'effrayer, rejoignant l'équivoque sensation générale que l'on est amené à ressentir devant le film, non sans louer sa hardiesse, si peu fréquente dans le cinéma américain contemporain.