J'y suis allé sans trop savoir à quoi m'attendre, je pensais que ce serait de la folk horror entre The VVitch et Midsommar mais le couple derrière The Brutalist nous a offert un biopic sur une gourou de secte (bien meilleur que l'horrible Gourou de Yann Gozlan) du XVIIIe siècle, sous forme de comédie musicale loin des archétypes étasuniens des codes du genre, avec des nappes atmosphériques sacrées comme si la chanteuse Aurora était devenue prophétesse à la Renaissance...et c'est fabuleux.
Ma faim et soif de comédie musicale est assouvie, c'est captivant, certaines chorégraphies comme celle de la scène finale sont hypnotisantes, peut-être que le rythme n'est pas toujours tenu et que la voix-off est un peu trop présente (mais participe à rendre le récit légendaire et testamentaire), mais autrement c'est un très bon film, dont on ne parle pas assez en ce moment, et pour cause, la proposition est assez radicale pour me plaire, mais trop pour lui permettre d'être distribué de manière respectable, puisqu'il est dans peu de salles ou à des horaires très inconfortables qui font que j'ai mis du temps à le voir.
Si vous y arrivez, foncez, ça risque de flop en France, mais tout est un plaisir sensoriel, entre la performance d'Amanda Seyfried en transe se prenant pour la réincarnation féminine du Christ dans une intention progressiste derrière son culte, à la fois féministe et anti esclavagiste, le beau grain de la photographie qui rend les couleurs rugueuses, les matte-paintings sur certains décors d'époques construits en studio, et la musique flottante, en lévitation et parfois déstabilisante, montrant comment on peut se prendre au jeu et comment une secte se construit surtout à une époque où la foi est encore aussi puissante en occident...
C'est une très bonne surprise, je regrette presque que les plans de reproductions de tableaux ne se laissent pas durer plus longtemps.