Le Tigre de Jade par Alligator
nov 2010:
Quel schmilblick! Quel méli-mélo! Quel imbroglio! Quel (mettez n'importe quel mot définissant un bordel foutraquissime et vous n'aurez pas encore toute la complexité de cette histoire)! Et pourtant, ce film est agréable à suivre.
Frôlant la parodie, le scénario déroule une histoire d'espionnage, d'infiltration entre deux clans héréditairement ennemis. Les espions double voire triple tissent une toile dense où le spectateur a bien du mal à se retrouver.
D'une façon assez incroyable, l'épaisseur de l'intrigue ne gâche rien du spectacle, bien au contraire. Dans cette forêt de faux-semblants, le jeu consiste alors à démêler le vrai du faux, puis à se laisser perdre dans ces apparences trompeuses. Plaisir de ne plus savoir qui est qui, si le héros est véritablement celui qu'il prétend être.
Plaisir des yeux devant la profusion de moyens disponibles dans les costumes, la richesse des couleurs et des décors, la picturalité du Shawscope.
Avec cet étrange paradoxe : on ne compte plus les séquences où la mise au point fait défaut. Comme si le chef-opérateur piquait du nez par moments.
L'esthétique "ShawBros" grande époque m'avait manqué. Cela faisait trop longtemps que je n'avais goûté à ces spectacles décomplexés, où la maitrise des arts martiaux impressionne et la douce naïveté du propos repose ou bien fait sourire.
Ici les combats sont beaucoup moins excitants, moins mis en valeur que les décors par exemple. On a surtout mis l'accent sur ce scénario alambiqué, sur le trompe l'œil perpétuel sur lequel il semble être complètement axé.
La morale de l'histoire, très édifiante et lourdement présentée à la fin du film illustre la victoire à la Pyrrhus, à la mode orientale. Je dis "lourdement" parce que le parcours ensanglanté de Wu-ji n'a pas vraiment besoin d'un discours aussi appuyé pour démontrer l'absurdité autodestructrice de la vengeance.
Un bon petit film de combats, où les scènes d'action passent au second plan afin de souligner sa structure assez originale.