Il est question ici des deux volets de ''The indian tomb'' Das indische Grabmal – 1921 de Joe May d'après le scenario du couple von Harbou-Lang – dont Lang livrera sa version technicolor® quarante ans plus tard.
Métrage tourné en décors fastueux qui impressionnent encore aujourd'hui. La mise en scène est habile et regorge d'effets spéciaux bien intégrés pour servir l'aventure. L'oeuvre pâtit de la longueur de certains plans, et de quelques problèmes de montage : des prises successives du même plan semblent montées à la suite provoquant un bégaiement de l'image, par exemple pendant le prologue, ou lors de l'entrevue nocturne de Irène et du maharajah dans le premier volet.
Toutefois Joe May n'a rien a envier à Lang en matière d'inventivité et de trouvailles formelles, il nous gratifie même d'une citation de Gaspard Friedrich pour le plan de contemplation de la Vallée du Silence où doit s'ériger le mausolée.
Deux acteurs sont parfaitement à leur place : Bernhard Goetzke dans le rôle du yoghi-zombi – qui incarnera la mort dans Der müde Tod de Lang la même année –, et Conrad Veidt en très beau maharajah que nos yeux du XXIe siècle préfèrent à ce lourdeau d'architecte un peu sur le retour maquillé en pierrot lunaire. Goetkle et Veidt incarnant des indigènes, forcement basanés, ils échappent à l'enfarinement des autres acteurs – les personnages européens qui doivent avoir le teint plus clair. Au début du XXe siècle le colonialisme règne encore en maître, raison pour laquelle il faut un architecte européen pour construire un tombeau hindou.
Difficile de voir en Mia May – épouse du metteur en scène et Herrin der Welt – Irene, la jeune fille dynamique dont le rôle a été écrit pour mener l'action. Certes, une femme peut être volontaire malgré son tour de taille et ses robes-sacs, mais coiffée et poudrée à l'excès, Mia May ressemble davantage à la Pompadour qu'à la fiancée prête à tout pour sauver son promis – d'ailleurs, l'idée d'aller se fourrer dans la fosse aux tigres ! scène du reste excellemment mise en scène. La remarque du maharajah le lendemain matin est imparable : « It is not absolutely necessary that you stroll through tiger yards at night for news of your fiancé's well-being... ».
En effet, les décisions d'Irène ne sont pas toujours raisonnables, ni raisonnées – sa visite de la cour des lépreux, sachant pourtant que son fiancé en est sorti, paraît tout aussi inconsidérée que celle de la fosse aux fauves. Quoi qu'il en soit Irène reste une femme volontaire, même si ses tentatives avortent – qu'est devenu le pigeon voyageur ? –, ou bien se retournent contre elle – le sciage du pont de corde. En définitive son comportement semble déclencher autant de complications que de résolution des problèmes. Un résultat à somme nulle car ce qui devait arriver, arriva et le chef d'oeuvre est bel et bien construit.