Il y a certains films qu’on a du mal à revoir. Non pas pour une question de piètre qualité (j’ai du mal à revoir Batman et Robin, simplement parce que c’est de la merde) mais une question de réussite justement. De cet exploit de l’oeuvre qui réussit à toucher en plein coeur. Et retranscrit la beauté, la pureté, la force des sentiments, puis l’horreur absolue, la dureté des hommes, l’égoïsme propre à l’être humain, l’infinie tristesse des âmes pures sacrifiées sur l’autel de la conn... folie humaine. Le portrait de deux protagonistes innocents, emportés dans un tourbillon de noirceur. Un peu comme Requiem for a dream laisse cet incroyable effet de malaise après son visionnage.
Aujourd’hui, cela fait quatre-vingt ans que l’apocalypse s’est abattue sur Hiroshima. Le Tombeau des lucioles, lui, est un film d’animation qui traite des répercussions des multiples bombardements incendiaires de Kobe sur la vie de deux enfants innocents, le jeune Seita, 14 ans, et sa petite soeur, Setsuko.
C’est un film que j’ai vu peut-être trois fois en près de quarante ans. Je pense que je ne le reverrai pas une quatrième fois. Pas de suite en tout cas.
Trop dur. Trop triste. À la fin, c’est cet effet d’innocence sacrifiée qui perdure. Cette phrase "Il faut dormir. Il est tard." qui résonne. L’abandon et la résilience tragique d’un enfant se berçant du souvenir heureux de l’être aimé dans le coin d’ombre où il agonise, à l’indifférence de tous. Le souvenir de cette danse féérique des lucioles, comme un ballet de vies précieuses, ainsi que la métaphore de la fragilité de leur existence. La tragédie de l’humanité dans toute son horreur. Cette réalité de la guerre qu’il est toujours aisé d’oublier. Ce pessimisme quant à l’espèce humaine, l’érosion de son empathie (voir la tante détestable des enfants), sa difficulté à apprendre de ses erreurs et donc, l’appréhension de son avenir. À l’heure où des peuples entiers endurent les bombardements et luttent pour leur liberté et leur survie, Le Tombeau des lucioles (tout comme La Liste de Schindler, tout comme bien d’autres oeuvres), est une mise en garde importante à revoir, dans la mesure où il rappelle à notre souvenir les fantômes du passé qui sont encore ceux d’aujourd’hui. Et qui pourraient être aussi ceux de demain.
C’est un film qui rappelle comme le genre humain n’a rien de si bienveillant et magnifique, n’en déplaise aux gourous modernes du positivisme.
80 ans. Plein de choses dans l’histoire à ne pas oublier. Le Tombeau des lucioles nous en rappelle une.
Tels les habitants de Kobe en 1945, nous ne sommes rien de plus que des anonymes sacrifiables. Tels ceux d’Hiroshima, nous ne sommes rien d’autres que des choses insignifiantes que l’on peut toujours effacer en l’espace d’une seule seconde. Moins qu’il n’en faut à une luciole pour illuminer la nuit.