Yougoslavie,Deuxième Guerre Mondiale.Les combats entre partisans yougoslaves et armée allemande font rage dans une région montagneuse.Un groupe d'infirmières engagées dans la résistance sont chargées de convoyer des blessés jusqu'à un hôpital en traversant des zones dangereuses.Les Allemands les traquent car ils savent que le chef des partisans,gravement blessé,fait partie du voyage,et ils veulent le capturer.En plus,un traître s'est glissé chez les partisans et sème des indices permettant aux boches de suivre à la trace le convoi.En voilà une vieille curiosité de derrière les fagots!Ce petit film de guerre yougo,produit par la Bosna Film de Sarajevo,serait sans doute encore plus oublié qu'il ne l'est déjà s'il n'affichait dans sa distribution les noms de Jane Birkin et Serge Gainsbourg,un des couples phares du showbiz français des années 60-70.On se demande d'ailleurs ce qu'ils sont venus foutre dans cette oeuvre nanardesque où à part eux tout le monde est yougoslave,qu'il s'agisse des techniciens ou des acteurs,de parfaits anonymes hors de leurs frontières,avec une kyrielle de blases se terminant en ic.C'est réalisé par un certain Milutin Kosovac,illustre inconnu au bataillon,qui se débat vaillamment mais sans grand succès afin de présenter un produit à peu près cohérent.Le film est mi-comique involontairement mi-ennuyeux,plombé par une narration incertaine et un montage schizophrénique allant rarement au bout des scènes.Par exemple une escarmouche a lieu entre nos braves soignantes et un trio d'allemands à moto.Les fritz se font canarder et on en voit deux mourir,puis la scène est coupée là,en pleine action.Lors de la séquence suivante les filles discutent et mentionnent qu'elles viennent de tuer trois allemands.Sans cette conversation on ne saurait pas ce qu'est devenu le pilote de la moto,car on ne l'a pas vu,et des trucs comme ça il y en a plein tout au long de cette histoire dont le plus drôle est qu'elle se prend au sérieux.Visiblement les gars ont voulu montrer les horreurs de la guerre et rendre hommage aux héros de la résistance,aux héroïnes surtout en l'occurrence,mais l'ensemble est essentiellement tissé de vaines discussions niaises et grandiloquentes entrecoupant d'interminables crapahutages dans la montagne rythmés par une musique signée Gainsbarre,excellente dans le genre slave mais peu développée et très répétitive.Il n'a d'ailleurs composé que deux morceaux,passés ad libitum,celui-ci et celui qui accompagne les évolutions des verts de gris,de style martial qui fait peur.De temps en temps,une bonne fusillade rompt la monotonie du récit,mais c'est shooté très approximativement et de manière plutôt comique.Les gens touchés font des grands bonds en l'air,à la façon des karatékas de Hong-Kong ou des outlaws des vieux westerns,tandis que les allemands,apparemment suicidaires,passent leur temps à attaquer complètement à découvert,ce qui permet aux nanas,bien planquées derrière des rochers,de les dégrouper par paquets de dix,ça a le mérite de compenser le déséquilibre numérique.Pour donner le change,les scénaristes incluent un peu de brainstorming avec une gamine qui suit le groupe et que certaines veulent garder et d'autres pas,un des mecs qui veut déserter,une histoire d'amour naissante entre un blessé et une infirmière,c'est bien entendu Serge et Jane,et les soupçons généraux quand on s'aperçoit qu'un traître est de la promenade.Et puis il y a la scène qu'on attendait tous,la baignade dans la rivière.Ben oui,une bande de gonzesses en vadrouille dans la nature,il faut bien qu'elles se lavent à un moment ou à un autre,c'est dans le cahier des charges.En plus les filles sont plutôt jolies et Jane,comme à son habitude,n'est pas la dernière à tomber les vêtements.Bon,ça restera très sage,le voyeur de base sera à peine satisfait.Sinon on a quand même soigné le visuel,les paysages sauvages sont beaux,il y a suffisamment d'armes et d'uniformes pour que les combats soient crédibles,même si ça manque d'effets sanglants compte-tenu du nombre conséquent de morts violentes émaillant le métrage."Le traître" est un retitrage vidéo,le film s'intitulant à l'origine "19 filles et un marin".C'est osé dans la mesure où il est difficile de savoir combien il y a de greluches,moins de 19 à vue d'oeil,et surtout il n'y a aucun marin.En fait le marin c'est Gainsbourg,le partisan à la main bandée.Le gars déclare qu'on le surnomme Marin,voilà l'explication,mais qu'il n'a jamais navigué de sa vie.A part ça Imdb référence l'oeuvre sous le titre "Ballade à Sarajevo",ce qui est encore pire car il ne s'agit pas vraiment d'une ballade et qu'on ne va à aucun moment à Sarajevo.Les comédiens jouent assez bien mais ont du mal à éviter le ridicule provoqué par la stupidité des dialogues et des situations qu'on leur fait interpréter.Pour ne rien arranger,Jane s'est elle-même post-synchronisée,ce qui renforce l'aspect comique de l'entreprise,son charmant accent anglais cadrant moyennement avec son personnage d'infirmière-combattante yougoslave.Gainsbourg,qui n'a pas très souvent fait l'acteur,s'en sort bizarrement pas mal et s'éclate visiblement à jouer les Rambo en maniant le fusil-mitrailleur et en bondissant sur les rochers.Peut-être qu'en tant que juif ça l'a amusé de dégommer des soldats teutons en pagaille.Tous deux se plaisaient apparemment en Europe Centrale vu qu'ils ont dans la foulée tourné un autre film en Yougoslavie,"Le roman d'un voleur de chevaux" d'Abraham Polonsky.Parmi les actrices locales,on remarque les jolies brunes Spela Rozin en chef de groupe autoritaire,et Dina Rutic,son adjointe maligne et impitoyable.