Avec ce premier film ambitieux présenté à Cannes en séance spéciale, Hélène Rosselet Ruiz nous plonge dans un huis-clos au cœur du Triangle d’or à Paris.
Souria vit cloîtrée dans un hôtel particulier dans l’attente du maître des lieux, un prince saoudien à la présence furtive, figure de l’ultrariche déconnecté du monde réel. Pour satisfaire tous ses caprices, elle engage Laura, qui accepte le défi afin de pouvoir soutenir financièrement sa sœur jeune mère célibataire.
Interprétée avec force et finesse par Malou Khebizi, Laura va apprendre les codes de la servitude moderne aux côtés de Emre, l’homme à tout faire du prince, prêt à tout dans l’espoir d’arriver à faire venir sa famille de Palestine. Au service de sa maîtresse, aussi détestable que possible mais à la vulnérabilité palpable, Laura résiste et tente même de se rapprocher et de comprendre celle qui la maltraite. Progressivement les hiérarchies s’estompent, à travers un subtil jeu sur les langues pratiquées pour tour à tour ordonner, se dévoiler ou se confier. Mais face à l’absence insupportable de l’être aimé, bouée de sauvetage fantasmée, Souria craque et se met en danger. Laura et Emre devront s'associer pour tenter de rétablir le fragile équilibre de ce jeu de dupes.
La mise en scène joue habilement dès la première séquence avec le montage de plans de caméra de surveillance, rappelant constamment que l’on vit sous contrôle, avec une forme devenue malheureusement familière depuis l’avènement de la téléréalité. Avec ce film sur l’enfermement des corps et des esprits, la cinéaste pose des questions essentielles sur les rapports de domination au travail ou en couple, jusqu’où est-on prêt à aller pour « gagner sa vie ».
Comment et dans quel état vont-elles s’en sortir ?